Le quartier Missira, situé au cœur de la commune urbaine de Kankan, vit depuis plusieurs jours au rythme du déguerpissement imposé par les autorités de la transition guinéenne. Des dizaines de familles, installées depuis plusieurs années, ont vu leurs habitations et commerces réduits à néant dans le cadre d’une opération visant à libérer les emprises publiques et à restructurer l’espace urbain. Mamadi Keita fait partie des victimes. « Nous sommes dans une tristesse totale. Au début, ils nous ont informés qu’une partie de nos concessions se trouvait sur la route et devait être dégagée. Nous avons accepté, ils ont marqué les zones concernées d’une croix et sont venus démolir cette partie, ce qui a été fait. Ensuite, ils ont annoncé un délai de 72 heures aux riverains ayant reconstruit près de la route, passé ce délai, ils procéderaient au déguerpissement. Ils nous avaient assuré que notre maison n’était pas concernée. Pourtant, ce matin, ils sont venus par surprise nous ordonner de sortir toutes nos affaires, car ils allaient la démolir », a expliqué Mamadi Keita.

Kèdjou Kouyaté, responsable des jeunes griots de Kankan, partage la même détresse : « Tous nos objets sont déposés au bord de la route. Ce matin, alors que nous étions chez nous, des militaires et des responsables sont arrivés sans aucun préavis. Ils nous ont ordonné de quitter la maison immédiatement, car ils allaient procéder au déguerpissement des habitations longeant la route nationale. Ils ont exigé que nous sortions nos effets sur-le-champ, faute de quoi tout serait détruit, effets personnels compris. En ce qui concerne l’indemnisation, on ne m’a payé que pour les trois boutiques que je possédais. On m’avait dit que la maison n’était pas concernée. Aujourd’hui, ils exigent qu’on libère toute la maison et qu’elle sera détruite, sans me verser le montant correspondant à sa valeur totale. Nous sommes aujourd’hui sans abri, sans aucun moyen pour faire face à cette situation. Nos affaires sont entassées sur la route », a-t-il déploré.
Kokoly Joseph Kolié, correspondant régional à Kankan

