La Maison des journalistes a servi de cadre, ce samedi, à la présentation du nouvel ouvrage de l’écrivain et documentariste Paul Théa. Intitulé La Traite Négrière au Rio Pongo, le livre plonge dans l’histoire douloureuse mais méconnue du rôle joué par les côtes guinéennes dans le commerce transatlantique des esclaves.
Face à un public composé de journalistes et d’intellectuels, l’auteur a expliqué les raisons de cette recherche de longue haleine : « Ce n’est pas seulement le Rio Pongo, je parle aussi du Rio Nunez, de Morya, de Soumbouya et de Bana », a-t-il indiqué.
L’ouvrage retrace la chronologie et les acteurs d’un commerce humain qui a profondément marqué la région de Boké. Paul Théa rappelle que la Guinée, souvent absente des récits officiels, fut pourtant un carrefour majeur de la traite : « Quand on évoque la traite négrière, on cite souvent Gorée ou Ouidah. Pourtant, il y a eu davantage d’esclaves transportés à partir des îles de l’Oss que de Gorée », a-t-il révélé.
Au-delà du rappel historique, l’écrivain inscrit son travail dans une quête identitaire et un devoir de mémoire. Pour lui, ce livre doit servir de pont entre l’Afrique et la diaspora noire, notamment américaine : « C’est une façon de valoriser nos sites négriers et de les faire découvrir aux descendants d’esclaves qui cherchent aujourd’hui leurs origines », a-t-il expliqué.
Paul Théa ne se limite pas à dénoncer la brutalité du commerce triangulaire. Il interroge également les complicités locales : « Des Blancs venaient kidnapper des Noirs, mais il y avait aussi des chefs et des empires africains qui vendaient des esclaves », a-t-il reconnu, appelant à un regard lucide sur cette période.
L’auteur considère La Traite Négrière au Rio Pongo comme un outil pédagogique destiné à combler le déficit de mémoire en Guinée. « Nous connaissons très peu notre histoire. Pourtant, elle explique beaucoup de choses, même nos noms de famille, nos origines métissées. C’est ce que je veux transmettre, surtout à la jeunesse », a-t-il insisté.
À travers ce livre, Paul Théa espère susciter une prise de conscience collective, encourager l’enseignement de cette histoire dans les écoles et valoriser les sites mémoriels du littoral guinéen, afin de redonner à la Guinée sa place dans l’histoire universelle de la traite négrière.

