La recomposition du gouvernement sénégalais dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo continue d’alimenter les analyses et commentaires dans la presse sénégalaise. Au lendemain de l’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale, un constat s’impose : le retrait officiel du parti Pastef du gouvernement n’a pas empêché plusieurs de ses cadres de conserver ou d’obtenir des postes ministériels stratégiques.
Selon plusieurs médias sénégalais, la décision annoncée par Ousmane Sonko de ne pas participer au nouveau gouvernement marque un tournant majeur dans les relations entre le leader de Pastef et le président Bassirou Diomaye Faye. Dans un communiqué publié avant la formation du gouvernement, Sonko a évoqué des divergences portant notamment sur la place de la majorité présidentielle dans l’appareil exécutif.
Pourtant, la composition du gouvernement a créé la surprise. Des figures identifiées à Pastef, telles que Marie-Angélique Mame Selbé Diouf, Abdou Khadre Ndiaye, Yankhoba Diémé, Alioune Dione, Moussa Bala Fofana ou encore Bakary Sarr, figurent dans la nouvelle équipe gouvernementale. Une situation qui pousse plusieurs observateurs à s’interroger sur l’influence réelle d’Ousmane Sonko sur l’ensemble des responsables de son parti.
Dans son analyse, Seneweb estime que certains ministres apparaissent comme les grands gagnants de cette reconfiguration gouvernementale. C’est notamment le cas d’Abdourahmane Diouf, promu au stratégique ministère de l’Énergie et du Pétrole, de Cheikh Diba dont le portefeuille est élargi à l’Économie, aux Finances et au Plan, ou encore de Mouhamadou Makhtar Cissé, qui effectue un retour remarqué au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique.
La presse sénégalaise souligne également le maintien de plusieurs alliés de Pastef au sein de la coalition gouvernementale. Les responsables de l’Alliance patriotique pour le travail et l’éthique (APTE), parmi lesquels Déthié Fall, Cheikh Tidiane Dièye et Moustapha Guirassy, conservent leurs fonctions, malgré le retrait officiel du parti de Sonko.
Les quotidiens sénégalais proposent des lectures différentes de cette recomposition. Le Soleil évoque une « grande reconfiguration » mêlant renouvellement et continuité. Libération insiste sur le fait que Bassirou Diomaye Faye a puisé à la fois dans les rangs de Pastef, parmi les alliés et dans la technocratie. Sud Quotidien parle d’un « choix de l’autonomie » du chef de l’État, tandis que Walf Quotidien estime que « Diomaye s’assume » désormais en s’appuyant davantage sur sa propre coalition politique et sur la Vision Sénégal 2050.
Pour L’Observateur, le président sénégalais a privilégié une approche institutionnelle et consensuelle, loin des logiques d’affrontement politique. Une analyse qui contraste avec celle de certains observateurs voyant dans cette nouvelle équipe gouvernementale le signe d’une prise de distance progressive entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor politique.
Au final, cette recomposition gouvernementale ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal. Si le président Diomaye Faye affirme sa volonté de consolider son pouvoir autour d’une équipe élargie, les interrogations demeurent sur l’avenir des relations avec Ousmane Sonko et sur les conséquences de cette nouvelle configuration au sein de la majorité présidentielle.

