Malick Adam Tohé ne sera finalement pas candidat à la présidence de la Fédération ivoirienne de football (FIF). L’annonce faite ce jeudi 30 juillet 2026 met fin, du moins provisoirement, à plusieurs semaines de bras de fer autour de l’élection prévue le 12 septembre.
Sur le papier, le premier gagnant de cet arrangement est Yacine Idriss Diallo. Le président sortant a obtenu ce qu’il souhaitait : éviter une confrontation électorale avec celui qui apparaissait comme l’un des adversaires les plus sérieux susceptibles de lui barrer la route.
Mais derrière ce qui ressemble à une victoire sans combat se cache une réalité beaucoup plus complexe.
Diallo obtient le retrait de Tohé, mais à quel prix ?
Pour le camp d’Idriss Diallo, il n’y a guère de doute : le retrait de Malick Tohé est une victoire politique.
Le président sortant n’aura pas à affronter dans les urnes son premier vice-président, qui disposait d’un réseau important au sein du football ivoirien et dont la candidature pouvait rebattre les cartes.
La machine de communication des soutiens de Diallo s’est donc rapidement mise en marche. Certains parlent déjà de victoire, voire de démonstration de force.
Mais cette lecture mérite d’être nuancée.
Car lorsqu’un président sortant doit négocier pour éviter la candidature d’un membre de sa propre équipe dirigeante, la question du rapport de force reste entière.
Tohé ne sera pas dans les urnes. Mais ses idées, elles, pourraient bien y être indirectement.
Tohé renonce à la candidature, pas nécessairement à son influence
C’est probablement le point le plus important de cette affaire.
Malick Tohé quitte la course présidentielle, mais il ne sort pas nécessairement du jeu.
Les concertations auraient permis d’obtenir des engagements sur plusieurs réformes qu’il défend depuis plusieurs semaines, notamment en matière de gouvernance, d’efficacité administrative et de développement du football ivoirien.
Plus encore, Idriss Diallo aurait accepté d’accorder davantage de responsabilités à son premier vice-président en cas de réélection.
Autrement dit, Tohé abandonne la bataille électorale, mais pourrait obtenir une partie de la bataille politique.
C’est précisément pour cette raison que ses soutiens refusent de parler de défaite.
Leur raisonnement est simple : si le président sortant a dû négocier et faire des concessions, c’est que le rapport de force existait.
Une victoire électorale contre une victoire politique ?
Voilà sans doute la meilleure façon de comprendre le compromis actuel.
Idriss Diallo gagne la bataille des urnes avant même que les urnes ne parlent.
Il conserve sa candidature, écarte un concurrent potentiellement dangereux et se retrouve dans une position beaucoup plus confortable pour le scrutin du 12 septembre.
Mais Malick Tohé pourrait avoir gagné une partie de la bataille du programme et de la gouvernance.
Il a renoncé à la présidence, mais ses revendications semblent désormais avoir été intégrées dans les discussions.
Dans ce scénario, chacun peut donc revendiquer sa victoire.
Mais attention : une victoire politique ne se mesure pas uniquement aux engagements obtenus sur le papier. Elle se mesure aussi à leur application.
Et c’est là que le véritable match commence.
Le précédent de 2022 pèse encore
Cette situation rappelle également une réalité de la gouvernance de la FIF : les alliances électorales peuvent être aussi importantes que les programmes.
En 2022, Idriss Diallo avait été porté à la présidence avec le soutien de plusieurs acteurs du football ivoirien. Quatre ans plus tard, certains de ceux qui ont contribué à son accession au pouvoir se retrouvent dans des positions différentes.
Le cas Tohé illustre donc une vieille règle de la politique, qu’elle soit sportive ou institutionnelle : les alliés d’hier peuvent devenir les concurrents de demain.
Et lorsque la confrontation devient trop risquée, la négociation peut prendre le relais du scrutin.
Le vrai test sera après le 12 septembre
Le retrait de Malick Tohé ne règle finalement qu’une partie du problème.
La vraie question est désormais de savoir ce que contiennent exactement les engagements pris lors des concertations.
Quelles réformes seront effectivement appliquées ? Quels pouvoirs seront accordés au premier vice-président ? Quelle sera la place de Tohé dans le prochain dispositif ? Et surtout, quelle sera sa capacité à influencer les décisions de la FIF ?
Car si Idriss Diallo est réélu et que les engagements sont respectés, Tohé pourra revendiquer une victoire politique.
À l’inverse, si les promesses restent sans lendemain, son retrait pourrait apparaître rétrospectivement comme une occasion manquée.
Le match n’est donc pas terminé
Le 30 juillet 2026, Idriss Diallo a incontestablement remporté une manche importante : son principal rival potentiel ne sera pas sur la ligne de départ.
Mais il serait prématuré de parler de victoire totale.
Malick Tohé, lui, a perdu la bataille électorale avant même le vote. Mais il pourrait avoir remporté une bataille d’influence dont les conséquences se mesureront après l’élection.
Le 12 septembre, il n’y aura peut-être qu’un seul candidat face aux urnes. Mais derrière ce scrutin se jouera une autre compétition : celle du contrôle de la future gouvernance du football ivoirien.
Et dans ce match-là, Malick Tohé pourrait bien ne pas avoir dit son dernier mot.

