Entre conflits armés et dérèglement climatique, le continent africain fait face à une crise humanitaire sans précédent, marquée par une explosion du nombre de déplacés internes.
À la fin de l’année 2024, le nombre de déplacés internes à travers le monde a atteint un niveau historique : 83,4 millions de personnes, selon les chiffres publiés cette semaine par l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) et le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). Un chiffre vertigineux, équivalent à la population de l’Allemagne, dont près de 90 % résultent de violences et de conflits, comme ceux qui ravagent l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ou le Soudan.
Mais les conflits ne sont pas les seuls responsables. L’Afrique paie également un lourd tribut aux événements climatiques extrêmes, désormais en nette augmentation sur le continent.
Le climat, un facteur de déplacement majeur
Dans son dernier rapport, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) met en lumière une autre facette de la crise : celle du dérèglement climatique. Selon ses données, 99,5 % des déplacements liés aux catastrophes en 2024 sont dus à des phénomènes météorologiques, souvent exacerbés par le réchauffement de la planète.
Le nombre total de déplacés climatiques en Afrique a bondi de 50 % en six ans. Alexandra Bilak, directrice de l’IDMC, alerte : « Le déplacement interne est le point de convergence entre conflit, pauvreté et crise climatique. Il frappe les plus vulnérables de plein fouet. »
Contrairement aux réfugiés, les déplacés internes ne quittent pas leur pays, mais sont contraints de fuir leur domicile pour chercher refuge ailleurs à l’intérieur de leurs frontières. Ils vivent dans une grande précarité, souvent ignorés des politiques migratoires internationales.
Températures records, sécheresses et inondations
L’OMM rapporte que l’Afrique a connu en 2024 ses températures les plus élevées jamais enregistrées. Des vagues de chaleur intenses ont été suivies de sécheresses sévères, avec des conséquences dramatiques pour l’agriculture.
Au Maroc, la production agricole a chuté de moitié. Au sud du continent, le Zimbabwe et la Zambie ont vu leurs rendements céréaliers s’effondrer, respectivement de 50 % et 43 %. À cela s’ajoutent des précipitations extrêmes et des inondations qui ont touché des millions de personnes. Rien qu’au Kenya, en Tanzanie et au Burundi, 700 000 personnes ont été affectées.

Une crise amplifiée par la faiblesse de l’aide internationale
La situation est d’autant plus critique que l’aide humanitaire mondiale peine à suivre. Le gel d’une grande partie de l’aide financière américaine sous l’administration Trump a laissé de profondes séquelles. Résultat : les organisations humanitaires manquent de ressources pour faire face à l’ampleur de la crise.
Pour l’océanographe et experte du climat Karina von Schuckmann, l’urgence est claire : « Aujourd’hui, le changement climatique affecte toutes les régions du globe. Il faut absolument réduire les risques en limitant les émissions de gaz à effet de serre et en atteignant les objectifs de développement durable. »
En Afrique, où les populations les plus vulnérables paient déjà le prix fort, l’appel à l’action ne peut plus attendre.

