L’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti d’opposition du pays, traverse l’une des crises les plus marquantes de son histoire récente. À quelques semaines d’un congrès national très attendu, deux camps rivaux annoncent, chacun de leur côté, l’organisation dudit congrès, mettant ainsi en lumière une fracture interne profonde autour de la légitimité politique et statutaire.
Un congrès officiel sous le sceau de la légalité
Le premier appel au congrès est venu du Dr Fodé Oussou Fofana, vice-président chargé des Affaires Sociales et Juridiques, qui assure l’intérim de la présidence du parti. Dans deux lettres officielles, adressées aux structures internes de l’UFDG et au Ministère de l’Administration du Territoire, il annonce la tenue du Congrès National Extraordinaire le 6 juillet 2025 à Conakry.
Cette initiative s’appuie sur une décision du Tribunal de Première Instance de Dixinn, rendue le 23 mai 2025, qui lève la suspension imposée au parti. Ce congrès vise, selon Fofana, à renouveler les instances nationales et à relancer le fonctionnement du parti dans le respect des statuts, du règlement intérieur et des décisions de justice. L’appel est clair : unité, engagement et retour à l’ordre statutaire.
Une riposte politique : le camp Gaoual monte au front
En parallèle, le Cercle des Amis de Gaoual (CERAG), proche du ministre des Transports Ousmane Gaoual Diallo, réagit à la même décision judiciaire en revendiquant également l’organisation du congrès. Le TPI de Dixinn a, en effet, tranché en faveur de Gaoual en invalidant son exclusion prononcée en 2022, jugée contraire aux textes du parti.
Fort de ce revers judiciaire infligé à la direction actuelle, le CERAG annonce à son tour l’organisation d’un congrès, mettant en avant la candidature de leur leader. Dans une intériview sans équivoque, le professeur Lamarana Pety Diallo, président du CERAG, affirme : « Nous voulons un face-à-face avec notre candidat, Ousmane Gaoual Diallo. Cela n’est pas négociable. »
Une même décision judiciaire, deux interprétations
Le paradoxe de cette double annonce réside dans le fait que les deux camps invoquent la même décision de justice pour justifier leur légitimité. Là où le camp Fofana y voit une opportunité de relancer le parti dans le cadre statutaire, le camp Gaoual y lit une réhabilitation de son leader et un droit à se présenter à la tête du parti.
Ce chevauchement de légitimités ouvre la voie à un affrontement politique de grande ampleur, nourri autant par des désaccords de fond que par des ambitions personnelles.
Vers une rupture irréversible ?
Ce duel à distance entre les deux factions pourrait déboucher sur deux congrès parallèles, voire sur une scission formelle du parti si aucun mécanisme de médiation n’est enclenché à temps. L’UFDG, historiquement vue comme la force d’opposition la plus structurée du pays, risque ainsi de perdre son unité stratégique et sa force de frappe électorale dans un contexte national en mutation.
En l’état actuel, l’UFDG est à la croisée des chemins : restaurer la cohésion interne, ou basculer dans une logique de confrontation ouverte qui fragilisera durablement sa position sur l’échiquier politique.
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