Malgré les préparatifs minutieux et l’optimisme d’avant-fête, la dernière édition de la Tabaski a laissé un goût amer aux vendeurs de bétail à Conakry. Sur les marchés, les enclos sont restés bien remplis, les clients rares, et les pertes financières lourdes. Témoignages à l’appui, les professionnels du secteur dénoncent une conjoncture difficile aggravée, selon eux, par les choix politiques récents.
Sur le terrain, Barry Alhousseine, vendeur de moutons au carrefour Yembeya, affiche un visage fatigué. Il résume sa situation en quelques mots : « Cette fois-ci, on n’a pas eu de clients. C’est une grande, grande différence par rapport aux années précédentes. » Selon lui, les moutons invendus sont nombreux. « Les gens embarquent les bêtes pour les renvoyer au village. Il n’y a pas eu d’achats. Même les prix ont baissé, mais cela n’a rien changé. »
Pour Barry, les difficultés ne s’arrêtent pas au manque de clients. « Ce sont des animaux vivants, qui mangent, qui tombent malades… Quand tu achètes un mouton à 2 millions de francs et que tu es obligé de le revendre à 1 million, tu perds gros. Imagine si tu en as dix, vingt. Tu ne t’en sors pas. » Malgré les pertes, il garde foi : « Alhamdoulilah, tout ce que Dieu fait est bon. »
Son message est clair : il invite les populations et les autorités à célébrer davantage les fêtes dans la capitale. « Si tout le monde va au village pour fêter, qu’est-ce qu’on fait, nous ? Même si ce n’est pas chaque année, qu’ils pensent parfois à nous. Sinon, on sera obligés de les suivre là-bas pour vendre. »
Un constat partagé par Diallo Ibrahim, deuxième vice-président de la Fédération du Bétail pour la région de Conakry. « Cette année, c’est une catastrophe, malgré tous nos efforts pour approvisionner le marché à bon prix. Le bétail ne s’est pas écoulé, non pas à cause des prix, mais par manque de clients. »
Selon lui, la situation est en grande partie due à l’initiative présidentielle autour de la fête traditionnelle de la Mamaya à Kankan. « Tout le gouvernement a été mobilisé vers Kankan. La population aussi. Résultat : Conakry s’est vidée. L’initiative en elle-même n’est pas mauvaise, mais la directive, oui. Cela a brouillé nos prévisions. »
Les conséquences financières sont lourdes pour les vendeurs. « Quand tu engages 100 ou 200 millions, souvent empruntés, et que tu ne vends que la moitié, tu imagines le désastre ? Et en plus, les bêtes invendues peuvent tomber malades. »
Pour sortir de l’impasse, Diallo Ibrahim appelle à une meilleure coordination. « Si des initiatives sont prises pour déplacer les célébrations, qu’on nous en informe à l’avance. Qu’on passe commande auprès de nous, qu’on nous oriente. Sinon, la chaîne d’approvisionnement s’effondre et la population elle-même en subira les conséquences. Il faut repenser la stratégie et la communication. »
Alors que la poussière de cette Tabaski retombe, une chose est certaine : les vendeurs de bétail de Conakry demandent à être entendus. Pour eux, il en va non seulement de leur survie économique, mais aussi de l’équilibre d’un marché vital pour des milliers de familles guinéennes.
Monsieur Ciré

