Alors que la rareté de liquidités dans le système bancaire guinéen inquiète de plus en plus les citoyens et les opérateurs économiques, le Dr Ousmane Kaba, ancien ministre de l’Économie et président du Parti des Démocrates pour l’Espoir (PADES), a tenu à apporter des éclaircissements sur la situation actuelle, tout en appelant à la sérénité.

Selon l’économiste, la crise que traverse actuellement le secteur bancaire guinéen est avant tout une crise d’illiquidité, et non d’insolvabilité. « L’illiquidité, c’est lorsque les banques ne parviennent plus à satisfaire les besoins de retrait des clients. Ce n’est pas la même chose que l’insolvabilité, qui signifie que la banque a accordé de mauvais crédits non remboursables et est en faillite. Ce n’est pas notre cas », rassure-t-il.
Comprendre l’origine du problème
Dr Kaba explique que les banques disposent de deux sources principales de liquidités : les dépôts des clients et les refinancements de la banque centrale, qui joue le rôle de « banque des banques ». Si l’une de ces deux sources se tarit, les établissements financiers peuvent se retrouver à court de liquidités.
Il s’interroge sur le rôle de la Banque Centrale dans cette situation : « Il faut revoir la politique d’émission monétaire et de refinancement. Est-ce que les banques n’ont plus accès à leurs dépôts auprès de la BCE ? Ou est-ce que la BCE refuse désormais de refinancer les banques commerciales ? »
Selon lui, l’une des raisons potentielles de cette restriction pourrait être la multiplication des dépenses extra-budgétaires de l’État, poussant la Banque centrale à limiter la masse monétaire en circulation sous la pression des institutions internationales comme le FMI. Cela entraîne un effet d’éviction, où le financement public prend le pas sur le financement du secteur privé, au détriment de la croissance économique.
L’érosion de la confiance, facteur aggravant
L’ancien ministre alerte également sur le danger psychologique que peut engendrer cette situation : « Quand une ou deux banques ont des problèmes de liquidité, la confiance s’érode. Les clients paniquent, retirent leur argent ou refusent de le déposer. C’est ce qu’on appelle la thésaurisation. »
Cette thésaurisation massive, explique-t-il, affaiblit encore davantage les banques, réduit leur capacité à financer l’économie, et expose les particuliers à des risques de vol, d’incendie ou de perte.
Des solutions pour rétablir la stabilité
Pour sortir de cette crise, Dr Kaba plaide pour des réformes claires :
- Un accès garanti et immédiat des banques à leurs dépôts auprès de la BCE.
- Un refinancement prévisible et équitable par la Banque centrale, basé sur des règles claires et respectées.
- L’arrêt des dépenses extra-budgétaires de l’État pour éviter une pression excessive sur la création monétaire.
- Un appel à la confiance du public, invitant les citoyens à déposer leur argent dans les banques plutôt que de le conserver à domicile.
« La discipline budgétaire est cruciale. L’inflation, c’est le voleur invisible qui vide les poches de tous les citoyens », a-t-il averti, soulignant que seule une gestion rigoureuse des finances publiques pourra restaurer la stabilité et la croissance en Guinée.
Des signes d’amélioration en vue ?
En conclusion, le président du PADES se veut tout de même optimiste : « Je pense que la crise est en train de se résorber. Les banques retrouvent progressivement leur capacité à satisfaire les clients. Mais il faut rester vigilants pour éviter que cela ne se reproduise. »
Ce discours mesuré et pédagogique du Dr Ousmane Kaba apparaît comme une tentative d’apaiser les esprits tout en appelant à une réforme structurelle du système bancaire et budgétaire guinéen.

