Les langues nationales de Guinée s’apprêtent à franchir un cap historique. Le projet de nouvelle Constitution, en cours de validation, consacre désormais les langues nationales guinéennes comme langues officielles, aux côtés du français. Une décision saluée avec enthousiasme par la Coalition pour la Promotion des Langues Maternelles (CoLaM), en première ligne du combat pour leur valorisation.
Les membres de la CoLaM ont exprimé leur satisfaction face à cette reconnaissance légale, fruit d’un plaidoyer engagé depuis 2022. Ibrahima Loncebalité Konaté, coordinateur de la Coalition, a réagi dans un entretien accordé à Loni infos. Pour lui, cette avancée n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’un long processus de sensibilisation à travers le pays.
« Nous avons sillonné onze villes de la Guinée pour recueillir les avis des populations sur l’officialisation de nos langues nationales. Cette recommandation figurait en tête de notre plaidoyer », a-t-il rappelé.
M. Konaté souligne que ce changement marque une rupture avec les pratiques passées, où seule la langue française bénéficiait d’un statut officiel, excluant de facto les langues parlées par la majorité de la population.
« C’est la première fois en République de Guinée qu’un texte accorde un statut officiel à nos langues nationales. Même sous le premier régime, qui avait pourtant introduit l’enseignement scientifique en langues locales, celles-ci n’étaient pas reconnues officiellement », insiste-t-il.
Briser les barrières linguistiques entre gouvernants et gouvernés
Au-delà du symbole, cette reconnaissance ouvre des perspectives concrètes. Désormais, les représentants de l’État pourront s’adresser aux citoyens dans la langue qu’ils maîtrisent, sans passer par un traducteur. Une évolution qui permettrait une meilleure communication et renforcerait la proximité entre les gouvernants et les gouvernés.
« Si un Premier ministre se rend au Fouta, il pourra désormais s’adresser à la population en poular, sans enfreindre la Constitution. De même, dans les services publics, un fonctionnaire pourra légalement répondre à un citoyen en soussou, malinké ou toute autre langue nationale », explique le coordinateur de la CoLaM.
M. Konaté considère que cette évolution constitue « un grand pas et un immense soulagement pour les populations à la base », longtemps marginalisées dans l’accès à l’information et à la justice du fait de la barrière linguistique.
Une attente prudente avant le référendum
Malgré cette victoire symbolique, la CoLaM reste prudente. Elle attend la promulgation officielle du projet de Constitution par le président de la République avant de célébrer pleinement cette avancée.
« Nous avons confiance, mais nous attendons que le chef de l’État promulgue le texte en maintenant intacte cette disposition. Ce jour-là, nous lancerons immédiatement notre campagne pour le ‘oui’ au référendum », annonce M. Konaté.
La date du référendum constitutionnel, fixée au 21 septembre prochain, devrait ainsi marquer un tournant majeur dans l’histoire linguistique du pays. Si elle est entérinée par le peuple, cette réforme pourrait favoriser un développement plus inclusif, où chaque Guinéen pourrait s’exprimer et être entendu dans la langue de son identité.

