Alors que les élèves profitent des vacances, nombre d’enseignants du privé, eux, sombrent dans une précarité silencieuse. Faible rémunération, absence d’accompagnement, salaires non versés pendant les congés… Le quotidien de ces professionnels de l’éducation reste largement ignoré. Le Syndicat National de l’Éducation (SNE) tire la sonnette d’alarme.
« Nous sommes enseignants, nous faisons le même métier, et nous connaissons les difficultés qu’ils traversent, surtout pendant les vacances », déclare Sekou Kamano, cadre du SNE. Pour lui, cette situation résulte d’un enchaînement de négligences : « Il est presque impossible d’épargner avec les faibles salaires perçus durant l’année scolaire. Résultat : pendant les trois mois de vacances, les enseignants se retrouvent sans ressources. »
Cette précarité prend des allures de drame social pour les pères et mères de famille, confrontés aux charges fixes – loyers, soins médicaux, transports – sans aucun revenu. Pour survivre, beaucoup s’adonnent à des activités parallèles : « Certains deviennent conducteurs de mototaxi, d’autres donnent des cours à domicile, souvent mal rémunérés. Et d’autres encore, hélas, n’ont aucune alternative. »
Une injustice flagrante
Pour le syndicaliste, il n’y a aucun doute : « Oui, c’est une injustice. Une injustice qui vient autant des fondateurs d’écoles privées que de l’État. » Contrairement à certains pays de la sous-région, où l’État prend en charge ou subventionne les salaires de certains enseignants du privé, en Guinée, ces derniers sont entièrement à la merci de leurs employeurs.
« Certains fondateurs ne paient leurs enseignants que pendant 7 à 9 mois. D’autres arrêtent dès le mois de mai. Il n’y a aucune régularité ni cadre légal contraignant », déplore M. Kamano.
Un plaidoyer pour la régulation du secteur privé
Face à cette situation, le SNE a lancé un plaidoyer pour la régulation du secteur privé de l’éducation. « Nous avons rappelé, dans notre plateforme revendicative adressée au gouvernement, la nécessité d’un encadrement clair du secteur. Il faut un statut particulier digne de ce nom », insiste Kamano.
Ce statut particulier en cours de toilettage devrait, selon le syndicat, permettre une reconnaissance plus juste des droits des enseignants du privé, une couverture salariale plus étendue, et un contrôle plus strict des pratiques des fondateurs d’écoles.
Le syndicat plaide également pour un recensement national des enseignants du privé et leur intégration dans les politiques éducatives publiques, arguant qu’ils forment, eux aussi, les enfants de la République.
Des solutions concrètes proposées
Parmi les pistes prioritaires évoquées :
- La signature obligatoire de contrats de travail au début de chaque année scolaire, pour protéger les enseignants en cas d’abus ;
- La création de sections syndicales internes dans les établissements comptant au moins 25 enseignants, comme le prévoit la loi ;
- Le renforcement du dialogue entre fondateurs et syndicats, dans une logique de partenariat et non d’affrontement.
« Ce que nous demandons, c’est un minimum de dignité pour les enseignants », martèle Kamano. Il en appelle à l’humanisme des fondateurs : « Ces hommes et femmes ont donné neuf mois d’efforts. Ne les laissez pas dans l’abandon pendant trois mois. »
Un appel aux autorités et fondateurs
Pour conclure, Sekou Kamano adresse un message clair : « Mettez-vous à la place de ces enseignants et de leurs familles. Imaginez leur détresse pendant cette saison des pluies, sans revenu, sans visibilité. »
Certains établissements commencent à changer de posture. « Il y a quelques écoles privées qui ont décidé, cette année, d’accompagner leurs enseignants pendant les vacances. Ce sont des exemples à suivre », souligne-t-il.
Alors que les discussions sur le statut particulier avancent, le SNE reste mobilisé pour obtenir des réformes concrètes et urgentes. L’objectif : que chaque enseignant, qu’il soit du public ou du privé, puisse vivre dignement de son métier.

