L’accord douanier conclu dimanche entre Donald Trump et Ursula von der Leyen continue de susciter une vive tempête politique en Europe. Alors que l’ancien président américain a salué le « plus grand accord jamais signé », une grande partie de la classe politique européenne, et notamment française, y voit une « soumission » de l’Union européenne aux exigences américaines.
Le texte prévoit une hausse des droits de douane sur les exportations européennes vers les États-Unis, passant de 10 à 15 %, en échange d’engagements massifs de l’UE : l’achat de 750 milliards de dollars d’énergie américaine et 600 milliards d’investissements supplémentaires aux États-Unis. Pour Ursula von der Leyen, cet accord permet de lever certaines barrières douanières et favorise des filières stratégiques comme l’aéronautique. Mais dans les rangs des oppositions, le ton est à l’indignation.
Colère en France et en Europe
« C’est un jour sombre », a déclaré le Premier ministre François Bayrou, fustigeant une Europe qui « se résout à la soumission ». La gauche française a immédiatement réagi. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur le réseau X une « capitulation » et une trahison des principes européens : « Tout a été cédé à Trump », a-t-il lancé, appelant à une « insoumission à l’Empire ». Pour l’eurodéputé Anthony Smith, « ce n’est pas un accord commercial, c’est une reddition ».
Le Parti socialiste, par la voix de Pierre Jouvet, parle de « vassalisation » : « Ce sont nos emplois, nos productions et notre souveraineté que la Commission a sacrifiés », a-t-il dénoncé.
À droite, Marine Le Pen a qualifié l’accord de « fiasco politique, économique et moral », estimant que la France « n’aurait jamais accepté de telles clauses asymétriques ». L’ancienne candidate à la présidentielle déplore que Bruxelles ait « capitulé en rase campagne » pour satisfaire les États-Unis.
Dominique de Villepin, de son côté, y voit un « traité inégal », s’interrogeant sur le coût en emplois pour l’Europe. « C’est un tribut plus qu’un traité », a-t-il déclaré.
Réactions contrastées en Europe
L’Allemagne se montre plus prudente. Le chancelier Friedrich Merz s’est félicité d’avoir évité une escalade des tensions commerciales, tout en appelant à rester vigilant. En Italie, le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani salue la fin d’une période d’incertitude, tandis que Giorgia Meloni temporise, préférant attendre un examen détaillé du texte.
Mais la charge la plus virulente vient de Hongrie. Viktor Orbán a fustigé un accord humiliant : « Ce n’est pas Donald Trump qui a signé un accord avec Ursula von der Leyen, c’est Donald Trump qui l’a mangée au petit déjeuner », a-t-il ironisé.
Une fracture européenne ?
Même au sein du gouvernement français, les critiques se font entendre, bien que plus mesurées. « L’accord est déséquilibré mais apporte une stabilité temporaire », a reconnu Benjamin Haddad, ministre délégué à l’Europe. Son collègue à l’Industrie, Marc Ferracci, a estimé que « ce n’est pas la fin de l’histoire », appelant à rééquilibrer les relations, notamment dans le secteur des services.
Le ministre du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin, a pour sa part admis la nécessité d’un soutien renforcé aux secteurs pénalisés. « Si les Européens ne se réveillent pas, le décrochage sera inévitable », a averti Benjamin Haddad.
Signé avec fracas et salué à Washington comme un succès historique, cet accord douanier soulève une onde de choc politique en Europe. Entre divisions nationales et interrogations sur l’autonomie stratégique du continent, il pourrait marquer un tournant dans les relations transatlantiques et relancer le débat sur l’avenir de la souveraineté européenne.

