Faya Milimono a dans une autre conférence de presse, demandé aux citoyens guinéens de voter Non à la nouvelle constitution, afin de rejeter au projet. Le président du Bloc Libéral l’a fait savoir ce 18 septembre 2025 à la maison commune des journalistes sise à la minière ; jour de la clôture de la campagne référendaire.
Dr Faya Milimono Président du Bloc Libéral : << C’est ici, à la Maison de la Presse, que nous avons lancé notre campagne pour le “NON”. C’était le 1er septembre, 2025, de 13h à 15h. Et c’est ici, au même endroit, que nous choisissons de la clôturer. Ce lieu est symbolique, car c’est le lieu de la parole libre, de l’expression citoyenne, de la presse qui résiste malgré les bâillons et les menaces.
Durant des semaines, nous avons mené cette campagne à travers les télévisions, les radios, les réseaux sociaux, et partout où un Guinéen pouvait entendre notre voix. Malgré les censures, malgré les intimidations, malgré les sanctions infligées aux médias qui ont osé nous tendre le micro, nous avons persisté. Et aujourd’hui, nous sommes plus que jamais convaincus que la Guinée se dressera pour dire NON au projet de Constitution que nous impose le CNRD.
I. La consigne est claire: Voter NON
Mes chers compatriotes, le message est simple et sans ambiguïté : Le 21 septembre, vous devez aller voter, et vous devez voter NON.
Le boycott n’est pas une option. Depuis Lansana Conté jusqu’à Alpha Condé, l’opposition a appelé à boycotter les référendums. Mais elle a toujours fini par participer aux élections qui ont suivi. Résultat ? Cela n’a rien changé, car les textes sont restés en vigueur et le peuple a été privé de son droit de s’exprimer.
Aujourd’hui, nous devons tirer les leçons de l’histoire: le boycott est stérile, le NON est libérateur.
II. Pourquoi voter NON?
Nous avons expliqué à plusieurs reprises les raisons pour lesquelles le peuple de Guinée doit rejeter ce projet. La répétition étant pédagogique, je veux ici les rappeler avec force:
- Parce que ce texte constitutionnalise l’impunité :
L’un des deux grands maux dont souffre notre pays est sans nul doute le comportement criminel et récurrent des dirigeants sur les pauvres populations. L’autre grand mal est constitué du duo << corruption et vol de deniers publics ». On comprend aisément pourquoi, la constitution de mai 2010 avait rendu imprescriptible les crimes économiques et de sang. Alors que ces maux sont en train de s’enraciner davantage dans notre société, la constitution qui devait nous ressembler pour nous rassembler opte pour l’impunité. En effet, l’article 74 accorde une immunité civile et pénale aux anciens Présidents et Chefs de l’État pour les actes commis pendant leurs fonctions. En termes clairs, cela signifie que les crimes de sang, les détournements massifs de fonds publics, les violations des droits humains ne pourront jamais être jugés.
Cet article est rédigé en termes flous et dangereux. Derrière cette ambiguïté se cache une seule volonté: protéger les dirigeants actuels et tous ceux qui, demain, viendraient confisquer le pouvoir par la force et s’adonneraient à des actes criminels. Cela ne nous ressemble pas. - Parce que cette Constitution affaiblit la justice:
Le Président nomme les membres de la Cour constitutionnelle. Ce n’est plus un arbitre indépendant, mais une chambre d’enregistrement des désirs du pouvoir exécutif. - Parce que ce texte détruit l’équilibre des pouvoirs:
Le Président peut dissoudre l’Assemblée nationale.
Le Président n’est responsable devant personne.
III. Le danger de l’impunité
Je veux insister à nouveau sur le danger de l’article 74. Si nous acceptons cette disposition, nous condamnons la Guinée à un cycle sans fin de violence et d’instabilité.
Aujourd’hui, ce sont les militaires qui bénéficieraient de l’immunité. Demain, ce sera un autre groupe de militaires. Et ainsi de suite. Cela veut dire qu’aucun crime ne sera puni, que la justice sera définitivement enterrée, que les victimes et leurs familles n’auront jamais réparation. Ainsi, le seul chef de l’Etat à avoir été jugé et condamné pour des actes <<< commis >> sous sa gouvernance est le Capitaine Moussa Dadis CAMARA.
Accepter l’article 74, c’est saper les fondements de la République, c’est faire du deux poids deux mesures, c’est accepter que le sang des innocents versé depuis 1958 ne compte pour rien. C’est accepter que les bourreaux se promènent librement, protégés par la loi, alors que les victimes gisent dans les cimetières de l’injustice.
- Une architecture institutionnelle hypertrophiée et ruineuse
Cette Constitution multiplie les institutions: Assemblée nationale, Sénat, multiples cours, commissions, conseils, autorités administratives indépendantes. Cela donne l’apparence de la modernité, mais en réalité c’est une machine lourde, coûteuse et inefficace.
Contrairement aux constitutions passées, dans le projet qui nous ai soumis, nous ne connaissons même pas le nombre de députés et de sénateurs; nous ne connaissons même pas ce qu’on met sous le vocable << Autorités administratives indépendantes >> ni combien seront ces autorités pour un pays où la majorité des enfants manquent d’écoles, de terrains de jeux et d’hôpitaux.
Des cours et commissions qui se chevauchent, sans réelle utilité, mais qui engloutiront des milliards de nos impôts.
Selon les estimations, ces institutions coûteront entre 11 000 et 15 000 milliards de francs guinéens par an, soit près d’un tiers du budget national.
En clair, au lieu de financer nos routes, nos hôpitaux, nos enseignants, ce projet de Constitution finance des fauteuils, des bureaux climatisés, des voyages à l’étranger, des indemnités et des privilèges. Voilà le vrai visage de ce texte. Cela ne nous ressemble pas ! - Un pouvoir présidentiel absolu et sans contrepoids
La Constitution allonge le mandat présidentiel: 7 ans renouvelables une fois. Cela signifie 14 ans potentiels pour un seul homme, alors que notre peuple réclame l’alternance et le renouvellement.
De plus, même si un Premier ministre est prévu, il ne sera qu’un figurant. Car le Président le nomme et le révoque à sa guise. C’est donc un exécutif concentré dans les mains d’un seul individu, sans véritable équilibre.
Le Président contrôle aussi :
La nomination des juges (Cour constitutionnelle, Cour suprême, Cour spéciale).
L’organe électoral dit << indépendant », mais en réalité placé sous son influence.
Le budget et les commissions de développement.
Résultat: nous aurons un Président monarque, maître de l’exécutif, de la justice, du Parlement et même des élections. C’est ce qu’on appelle un hyper présidentialisme, synonyme d’autoritarisme ou de monarchie absolue. Cela ne nous ressemble pas.
- Des institutions de contrôle transformées en instruments de validation
Nos institutions de contrôle devraient être nos boucliers. Mais dans ce texte, elles deviennent des paravents décoratifs.
La Cour constitutionnelle et la Cour suprême sont sous la main du Président, donc incapables de le bloquer comme au Sénégal avec Macky Sall.
La Cour spéciale de justice peut être instrumentalisée pour protéger les proches du pouvoir ou réprimer les opposants.
L’article 74 offre une immunité civile et pénale absolue aux anciens Présidents. Même en cas de crimes économiques ou de violations graves des droits humains, ils ne pourront jamais être inquiétés.
Mes chers compatriotes, cela revient à légaliser l’impunité au sommet de l’État. - Des libertés fondamentales proclamées, mais vidées de leur sens
Le projet de nouvelle Constitution proclame la liberté d’expression, la liberté de manifestation, le pluralisme politique. Mais dans chaque article, il ajoute des conditions vagues :
<<< Sous réserve de l’ordre public >>>
<<< Dans le respect de la cohésion nationale >>>
<<< Conformément à la moralité >>>
Ces notions floues permettent d’interdire n’importe quelle manifestation, de censurer un média, de dissoudre un parti politique. En réalité, nos droits deviennent des privilèges accordés par le pouvoir, et retirés quand il veut.
- Des partis politiques sous contrôle
Le projet de nouvelle Constitution prétend garantir le pluralisme, mais elle soumet la création et le fonctionnement des partis politiques à une autorisation préalable du ministère de l’Administration du territoire.
Cela veut dire que l’opposition sera toujours à la merci d’un décret ou d’une décision arbitraire.
Mes chers compatriotes, c’est la porte ouverte à un parti unique déguisé, où l’opposition n’existe que par tolérance, non par droit. Cela ne nous ressemble pas. - Des langues nationales instrumentalisées
L’article 5 proclame que toutes les langues nationales sont officielles aux côtés du français. À première vue, cela paraît être une avancée. Mais en réalité, c’est une bombe à retardement.
Quelle langue sera utilisée devant les tribunaux ?
Quelle langue primera en cas de contradiction juridique?
Les traductions, les formations et les interprétations créeront des conflits sans fin.
Dans un pays où les tensions ethniques sont déjà fortes, cette disposition risque d’aggraver les divisions et de fragiliser l’unité nationale. - Des conséquences lourdes pour la démocratie et pour le peuple
Si ce projet de Constitution est adopté, la Guinée connaîtra :
La dilution des responsabilités et la confusion institutionnelle.
La ruine budgétaire, l’endettement excessif, le bradage de nos ressources, à cause des milliards engloutis dans les institutions inutiles.
L’affaiblissement des libertés, où chaque droit est soumis au bon vouloir du pouvoir.
L’étouffement de l’opposition politique.
Le renforcement d’un régime autoritaire, avec un Président sans limite et sans contrôle. Cela ne nous ressemble pas.
IV. La leçon de l’histoire: 1958 et aujourd’hui
En 1958, la Guinée s’est retrouvée face à un choix similaire. Le colon français avait tout verrouillé. Il contrôlait l’administration, il manipulait les élites intellectuelles, coutumières et religieuses. Il croyait avoir fait un fichier à son image. Il y avait de la corruption, il y avait de la peur.
Et pourtant, malgré leurs divergences, malgré leurs contradictions, tous les partis politiques guinéens de l’époque se sont unis pour dire NON au référendum du 28 septembre 1958. Ce “NON” fut massif, sans appel. Ce “NON” a ouvert la voie à l’indépendance en Guinée et en Afrique.
Comme en 1958, la majorité des Guinéens voterait NON. Certes, cette majorité est aujourd’hui silencieuse et sous le poids de la peur de disparaitre ou d’être enlevée, torturée et jetée. Mais on n’invite pas son peuple à se résigner, à étouffer sa conscience, à baisser les bras. On l’invite au combat; on l’encourage à se battre pour sa dignité, pour sa liberté, pour sa vie tout court.
En 1958, nos devanciers n’avaient ni internet, ni téléphones, ni réseaux sociaux. Ils sillonnaient le pays à pied, à bicyclette, en pirogue, pour convaincre et mobiliser. Et ils ont réussi.
Alors, comment pourrions-nous échouer aujourd’hui ? Nous qui avons WhatsApp, Facebook, Tik Tok, Twitter; nous qui pouvons parler en direct à la jeunesse du pays et de la diaspora; nous qui pouvons mobiliser en un clic ce que nos devanciers mettaient des mois à parcourir.
Si eux ont dit NON en 1958 malgré la violence, la corruption, les intimidations, nous devons dire NON en 2025 quel que soit l’autoritarisme du régime actuel.
V. La faillite du boycott
À chaque fois que l’opposition a appelé au boycott, elle a affaibli le peuple. Elle a demandé au peuple de renoncer à son droit de s’exprimer sur des questions qui les concernent directement. Elle l’a fait en 2001, lors du référendum du Général Lansana Conté. Elle l’a fait en 2020, lors du référendum d’Alpha Condé. Et après, cette même opposition invite les populations à voter pour ses candidats aux élections organisées en vertu des constitutions dont les referendums ont été boycottés.
Chaque fois, le boycott a permis aux manipulateurs de triompher. Chaque fois, la Guinée a payé le prix le plus fort.
Aujourd’hui, nous ne répéterons pas les mêmes erreurs. Aujourd’hui, nous disons aux Guinéens: allez voter, et votez NON !
VI. Un NON pour sauver la Guinée
Mes chers compatriotes, Si nous disons NON:
Nous rejetons l’impunité et l’immunité des bourreaux.
Nous rejetons la confiscation du pouvoir.
Nous protégeons nos enfants contre une dictature constitutionnalisée.
Nous écrivons une nouvelle page de notre histoire, une page de dignité et de liberté.
Le NON, c’est la Guinée. Le NON réaffirme le choix de nos ainés. Cela nous ressemble.
Nous avons commencé cette campagne à la Maison de la Presse. Nous la terminons ici. Mais la bataille, elle, continue demain, après-demain et jusque dans les urnes.
La Guinée a rendez-vous avec l’histoire.
En 1958, nos parents ont dit NON à la domination coloniale.
En 2025, nous devons dire NON à la dictature constitutionnalisée, NON à l’impunité, NON à la manipulation, NON à la confiscation de nos libertés, NON à la confiscation du pouvoir.
Le 21 septembre, je vous appelle, au nom du Bloc Libéral et de la CPR, à voter massivement NON et se constituer en sentinelle, comme en 1958, pour protéger votre vote.
Le NON, c’est la dignité.
Le NON, c’est la justice.
Le NON, c’est l’avenir.
Que Dieu bénisse la Guinée et accompagne le peuple dans sa marche vers la liberté.>>

