La Cour suprême a confirmé hier les résultats définitifs du référendum constitutionnel, ouvrant la voie à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi fondamentale. Quelles conséquences pour la vie politique guinéenne ? Quelles perspectives pour la mise en place des institutions ? Nous en parlons à présent avec Moussa Samoura, analyste politique.
Loni Infos: Vous avez suivi, comme beaucoup, la proclamation des résultats définitifs du référendum par la Cour suprême. Quelle première lecture en faites-vous ?
Moussa Samoura : Bonjour à vous, bonjour à vos millions d’auditeurs. Effectivement, j’ai suivi cette proclamation hier. Ce n’était pas une surprise, car les contestations n’étaient pas majeures. La Cour suprême a donc confirmé les résultats provisoires. La première leçon à tirer, c’est que cette décision met fin à l’ordre juridique transitoire fondé sur la Charte. Désormais, c’est la nouvelle Constitution qui devient la norme fondamentale de l’État.
Loni Infos : Cela implique donc de nouvelles obligations pour les autorités en place ?
Moussa Samoura : Absolument. À partir de maintenant, toutes les décisions doivent se baser sur la Constitution promulguée. Cela suppose surtout la mise en place rapide des institutions qu’elle prévoit, à commencer par la Présidence de la République, puis l’Assemblée nationale, le Sénat et les autres organes constitutionnels. Car, comme vous le savez, dès qu’il y a un coup d’État, la première chose balayée par les militaires, c’est la Constitution. Aujourd’hui qu’une nouvelle norme est adoptée, il faut lui donner vie en organisant les élections et en installant les institutions.
Loni Infos : Vous avez parlé de contestations limitées. Pouvez-vous préciser ?
Moussa Samoura : Oui. Seuls le Bloc Libéral et le BAG ont déposé des recours pour demander l’annulation du référendum. Mais, dans la réalité politique, leur poids électoral reste limité. Les grands partis susceptibles de peser ont préféré le boycott. Donc, la Cour suprême n’avait pas en face d’elle des contestations suffisamment solides pour remettre en cause le résultat.
Loni Infos : Justement, ce référendum s’est déroulé dans un contexte marqué par la suspension de plusieurs partis politiques. Que faudrait-il faire pour la suite ?
Moussa Samoura : Comme je le répète souvent, il faut donner toute sa force à la légalité, mais en même temps maintenir un dialogue permanent entre les acteurs politiques. Les partis suspendus doivent rapidement se conformer aux normes pour être rétablis dans leurs droits. Leur rôle est essentiel : participer à l’animation démocratique et à la compétition politique. Une démocratie sans contradiction, sans diversité d’opinions, devient fragile.
Loni Infos : La communauté internationale, à travers l’OIF, la CEDEAO et l’Union africaine, s’est félicitée du déroulement du scrutin. Comment interprétez-vous ces réactions ?
Moussa Samoura : Leur priorité, c’est la stabilité et la paix en Guinée. Ce référendum s’est tenu dans le calme, sans violences majeures. Même ceux qui ont boycotté n’ont pas appelé leurs militants à descendre dans la rue, ce qui a évité des troubles. La communauté internationale ne pouvait donc que se féliciter de ce climat apaisé. Mais il ne faut pas oublier : le dernier mot revient toujours aux Guinéens.
Loni Infos : Une dernière question, un peu délicate : après l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution, le gouvernement doit-il démissionner ?
Moussa Samoura : Pas obligatoirement. Le référendum ne rend pas automatiquement caduc le gouvernement. Il s’agit d’abord du rétablissement de l’ordre constitutionnel. La démission du gouvernement ne devient une exigence constitutionnelle que lors des élections présidentielles ou législatives. Pour l’instant, sauf décision contraire du président, il peut continuer à fonctionner.

