À l’occasion du 67e anniversaire de l’indépendance guinéenne, Ousmane Sylla allias RDA, secrétaire général de la Fédération syndicale des retraités de Guinée, a rappelé les grandes étapes du combat mené par Ahmed Sékou Touré et le rôle central du syndicalisme. Il souligne que sous la Première République, plus de 180 entreprises d’État avaient été créées et que le chômage était inexistant. Fier de voir la jeunesse s’approprier le 2 octobre, il appelle toutefois à dépasser les symboles pour des actions concrètes, comme le reboisement. Enfin, il invite le président Mamadi Doumbouya à consulter davantage les anciens et à valoriser l’expérience des retraités valides dans la gestion du pays.
La Guinée fête ce 2 octobre ses 67 ans d’indépendance. Que retenez-vous de ces 67 années si vous deviez les résumer en quelques phrases ?
Ousmane Sylla : Ces 67 ans représentent pour moi de grands souvenirs. Pourquoi ? Parce que je me rappelle encore du 25 août, de l’arrivée du général de Gaulle, du discours d’Ahmed Sékou Touré, qui a marqué une étape décisive. Ensuite, il y a eu le 28 septembre, avec le référendum, et enfin le 2 octobre 1958, quand la Guinée a dit « non ». Tout cela reste gravé dans ma mémoire.
À cette époque, le régime avait beaucoup formé les jeunes. Les Guinéens étaient bien encadrés. Sékou Touré avait créé plus de 180 entreprises d’État. Il n’y avait pas de chômage : tu terminais tes études et tu trouvais directement du travail. La Guinée était le seul pays où chaque préfecture avait sa banque : une banque de développement et une banque de commerce extérieure. À partir de 1962, Sékou Touré a étatisé toutes les entreprises privées. C’est un grand souvenir.
Vous êtes aujourd’hui secrétaire général d’un syndicat. On se rappelle que Sékou Touré lui-même était syndicaliste. Peut-on dire que l’indépendance de la Guinée est le fruit du combat syndical ?
Ousmane Sylla : Effectivement. Sékou Touré était un grand leader syndical, l’un des plus grands d’Afrique noire. D’abord à l’UGTAN, il était le véritable général des travailleurs africains. Il a toujours défendu les travailleurs, même en France. On se souvient de la fameuse grève de 72 jours qu’il avait lancée. C’était un syndicaliste combatif, respecté, qui a marqué l’histoire.
Aujourd’hui, la jeunesse commence à célébrer de plus en plus le 2 octobre, à travers des t-shirts, casquettes et chemises frappés du chiffre 67. Que pensez-vous de cet engouement ?
Ousmane Sylla : Je suis très content de voir la jeunesse s’approprier cette date. Le président Mamadi Doumbouya a raison quand il dit : « Référons-nous au passé. » Le passé, c’est nous, c’est l’histoire de ce pays. Malheureusement, certains jeunes syndicalistes ne savent pas ce que signifie réellement le syndicalisme. Être syndicaliste, c’est un engagement intellectuel et patriotique.
Alors oui, la jeunesse a raison d’exprimer sa fierté et sa souveraineté. Mais au-delà des t-shirts et casquettes, il faudrait poser des actes concrets. Par exemple, chaque jeune devrait planter un arbre. Reboiser nos villes, c’est plus utile que de se limiter à porter des habits aux couleurs de l’indépendance.
Du temps de la révolution, la propreté et l’environnement étaient une priorité. Si on trouvait de la saleté dans ta concession, tu étais sanctionné. Il y avait une véritable police de la salubrité. Il faudrait retrouver cet esprit civique.
Après 67 ans d’indépendance, comment voyez-vous l’avenir de la Guinée ?
Ousmane Sylla : L’avenir de la Guinée repose sur le dialogue et l’écoute. Il faut accepter de tendre l’oreille aux sages, aux anciens, à ceux qui connaissent réellement ce pays. J’invite le général Mamadi Doumbouya à associer les retraités valides à la gestion du pays, comme conseillers dans les départements.
C’est vrai, il faut que les anciens aillent à la retraite, mais au lieu de chercher des contractuels en France, en Allemagne ou ailleurs, il vaut mieux utiliser nos vieux ici, ceux qui ont de l’expérience et du savoir-faire. Je pense notamment aux vieilles sages-femmes et matrones qui continuent à rendre service. Au lieu d’aller chercher ailleurs, valorisons leur expertise. Ce serait un grand pas pour le pays. Voilà le conseil que je donne au gouvernement.
Merci beaucoup.
Ousmane Sylla : Merci à vous.

