Lors d’une convention tenue le samedi 4 octobre à Yamoussoukro, les militants du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) ont voté majoritairement — à 77 % — en faveur d’un soutien à Simone Ehivet Gbagbo pour le premier tour de l’élection présidentielle prévue le 25 octobre prochain.
À travers ce vote, le président du COJEP, Charles Blé Goudé, officialise son ralliement à l’ancienne Première dame de Côte d’Ivoire, candidate surprise de ce scrutin. L’ancien leader des « Jeunes patriotes », surnommé autrefois le « général de la rue », ne participe pas lui-même à la course, en raison d’une condamnation judiciaire liée à la crise post-électorale de 2010-2011.
Pour de nombreux observateurs, cette alliance n’a rien de surprenant. Blé Goudé, longtemps proche de Simone Gbagbo, avait à plusieurs reprises exprimé son souhait de voir se tenir des élections apaisées dans son pays.
Une candidature inattendue dans un contexte tendu
Âgée de 76 ans, Simone Gbagbo figure parmi les cinq candidats autorisés à concourir à la magistrature suprême. Elle affrontera notamment le président sortant Alassane Ouattara, 83 ans, au pouvoir depuis 2011 après la chute de son époux, Laurent Gbagbo, capturé à l’issue du conflit électoral de 2010.
Cependant, plusieurs poids lourds de la scène politique ivoirienne — dont Laurent Gbagbo lui-même, l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan et l’ex-patron du Crédit Suisse Tidjane Thiam — ont été exclus du scrutin par le Conseil constitutionnel, suscitant de vives critiques et des doutes sur la légitimité du processus électoral.
Tidjane Thiam a qualifié cette disqualification d’« acte de vandalisme démocratique », accusant l’administration Ouattara de vouloir organiser une élection « truquée » pour se maintenir au pouvoir.
Le retour de la « Dame de fer »
Pour ses partisans, le retour de Simone Gbagbo sur la scène politique marque la renaissance d’une figure historique. Surnommée autrefois la « Dame de fer », elle entend faire de sa candidature un symbole fort pour les femmes ivoiriennes, encore largement sous-représentées dans la vie publique — elles ne représentent que 30 % des parlementaires.
Ancienne députée, Simone Gbagbo avait été condamnée en 2015 à 20 ans de prison pour son rôle dans la crise de 2010, avant d’être amnistiée en 2018 par le président Ouattara. Contrairement à son ex-époux, cette condamnation n’a pas entraîné sa radiation des listes électorales, ce qui lui permet aujourd’hui de briguer la présidence.
Après avoir quitté le Front populaire ivoirien (FPI), parti qu’elle avait cofondé avec Laurent Gbagbo, elle a méthodiquement reconstruit sa base politique. Sa campagne, placée sous le slogan « Construire une nouvelle nation », s’inscrit dans une vision panafricaine de « souveraineté, dignité et prospérité ».
Une campagne sous haute tension
La campagne électorale officielle débutera le 10 octobre, dans un climat de méfiance et de tension politique. Avec 8,7 millions d’électeurs inscrits, la Côte d’Ivoire aborde un scrutin décisif pour son avenir démocratique.
On ignore encore si Laurent Gbagbo, désormais disqualifié, apportera son soutien à son ex-épouse, avec qui il a partagé plus de 30 ans de vie politique et conjugale avant leur divorce en 2023.
Mais une chose est certaine : tous les regards se tournent désormais vers Simone Gbagbo, dont la candidature pourrait redéfinir le débat sur le leadership féminin et la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire.

