Après plusieurs semaines d’incertitude autour de sa candidature indépendante, le Dr Ben Youssouf Keïta a finalement été désigné candidat du parti Nouvelle Force Démocratique (NFD) pour la présidentielle du 28 décembre 2025. Dans cet entretien, l’ancien député et médecin explique les raisons de ce choix, revient sur les obstacles liés au parrainage institutionnel, et donne son avis sur certaines incohérences du Code électoral récemment adopté.
Docteur Ben Youssouf Keïta, bonsoir. Une information circule selon laquelle vous auriez été désigné candidat du NFD. Est-ce que vous confirmez cette information ?
Dr Ben Youssouf Keïta : Je le confirme. L’investiture a eu lieu le dimanche 26 octobre 2025, au siège national de l’ACP. Il y avait tous les membres du bureau de l’ACP et tous les membres, je puis dire, du bureau exécutif du NFD, avec à sa tête la présidente par intérim, madame Fofana, son secrétaire général, et son conseiller, pour ne citer que ceux-là. Si vous étiez dans la salle, ils ont tous été présentés. Et après, nous avons signé un protocole d’entente. Donc, c’est officiel : le NFD désigne docteur Ben Youssouf Keïta comme son candidat à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, si Dieu le veut bien.
Docteur, comment est-on passé de la candidature indépendante de docteur Ben Youssouf Keïta à celle portée par un parti politique ? Est-ce que la candidature indépendante a été jugée impossible ?
Dr Ben Youssouf Keïta: La loi le prévoit. Il y a deux types de candidatures dans le Code électoral, selon son article 247 : la candidature indépendante et la candidature sous le label d’un parti politique.
Seulement, la candidature indépendante peut se faire soit avec un parrainage citoyen, soit avec un parrainage institutionnel. Quand docteur Ben Youssouf Keïta soutenait la candidature indépendante, c’est parce qu’il n’avait pas de parti politique — l’Alliance pour le Changement et le Progrès n’ayant pas encore obtenu son agrément. Il savait que, pour que sa candidature soit confirmée, il fallait un parrainage, et il pensait que ce parrainage serait citoyen. Malheureusement, dans l’article 341, finalement adopté, c’est le parrainage institutionnel qui est retenu. Il faut obtenir 30 % des signatures des maires sur 70 % des préfectures et communes de Guinée. Et seuls les présidents des délégations spéciales, selon cet article 341, peuvent délivrer les quittus de parrainage à tout candidat indépendant. Ce qui, à mon sens, a rendu la démarche illogique, puisque tous ces présidents de délégations spéciales ont unanimement décidé d’accorder leur parrainage au général Mamadi Doumbouya, qui ne s’est pourtant pas encore déclaré candidat. Cela a été pour nous un signal clair : il ne fallait pas nous y hasarder.
Donc, dès le départ, la candidature indépendante était pratiquement une mission impossible, comme vous le dites ?
Dr Ben Youssouf Keïta: Exactement. Mais comme la volonté et la conviction sont là, et que nous avons toujours eu l’ambition de participer au débat politique et à la gestion du pays, nous avons cherché d’autres voies.
La nouvelle Constitution nous offre d’autres possibilités, notamment à travers le Code électoral, qui permet d’être présenté par un parti politique agréé, disposant de tous les documents requis pour participer aux élections, y compris la présidentielle.
Et ce parti, que nous avons considéré comme une aubaine pour nous, c’est la Nouvelle Force Démocratique de Guinée (NFD), fondée par docteur Mouctar Diallo, que tous les Guinéens connaissent.
Nous avons donc été investis à travers le congrès de ce dimanche, et nous sommes prêts à aller jusqu’au bout, par la grâce de Dieu.
Dernière question, docteur. Le Code électoral est critiqué par de nombreux partis politiques. Est-ce que, selon vous, il comporte des problèmes susceptibles d’empêcher votre victoire ?
Dr Ben Youssouf Keïta: Le Code électoral n’est pas fait pour empêcher quelqu’un de gagner. Si vous remplissez les conditions et que le peuple vous choisit, vous gagnerez. Le Code électoral n’est pas personnifié. Cependant, il présente quelques problèmes. Le premier, c’est que la Constitution stipule qu’il faut avoir au minimum 40 ans et au maximum 80 ans pour être candidat à la présidentielle. Mais dans le Code électoral, cet âge minimum a été porté à 44 ans. Il y a donc une contradiction.
La directrice des élections dit que ce ne serait qu’une erreur de frappe, que cela n’existe pas réellement.
Dr Ben Youssouf Keïta: Oui, mais honnêtement, cela ne devait pas arriver. Chaque institution dispose de groupes de travail et d’organes de contrôle pour éviter qu’une simple erreur, même une virgule déplacée, ne s’y glisse.
Je pense qu’il y a eu une certaine légèreté dans la conception de ce Code électoral. Il doit être revu et corrigé. Car, qu’on le veuille ou non, la Constitution est la loi suprême. Et ce qu’elle dit doit être appliqué : 40 ans minimum, 80 ans maximum. Les institutions concernées doivent donc trouver la solution pour que tout citoyen âgé de 40 ans puisse se présenter, s’il le souhaite.
Merci, docteur Ben Youssouf Keïta.
Dr Ben Youssouf Keïta: Merci beaucoup, le plaisir est pour moi.

