Le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a effectué, ce mercredi 25 février 2026, une visite de prise de contact au Tribunal de Première Instance de Dixinn, juridiction qu’il a dirigée durant plusieurs années.
Accompagné d’une importante délégation composée de membres de son cabinet ainsi que du Procureur général près la Cour d’Appel de Conakry, le Ministre a été chaleureusement accueilli par les responsables de la juridiction, à leur tête le Président du tribunal, Aboubacar Thiam, et le Procureur de la République, El Hadj Sidiki Camara, entourés des magistrats, greffiers et auxiliaires de justice.
Dans son allocution, le Procureur de la République El Hadj Sidiki Camara a dressé un tableau détaillé du fonctionnement du parquet. Couvrant les communes de Dixinn, Ratoma, Lambanyi et Sonfonia, « le Tribunal de Première Instance de Dixinn fait face à une forte densité démographique et à une activité judiciaire soutenue. Cinq magistrats, appuyés par un secrétariat, assurent le fonctionnement du parquet. Avec une moyenne d’environ vingt-cinq procès-verbaux par semaine, le répertoire pénal comptait récemment 177 affaires criminelles et correctionnelles. Pour mieux gérer cette charge, une note de service en date du 8 décembre 2025 a permis de restructurer le travail autour de quatre bureaux : courrier (arrivée et départ), enrôlement, exécution des décisions et saisie. »
Le Procureur a également souligné la mise en place d’un système de rotation entre les quatre substituts, dont une femme, chargés d’examiner les procédures transmises par les 39 organes de police judiciaire placés sous leur direction. Des contrôles réguliers des mesures de garde à vue sont effectués conformément à l’article 55 du Code de procédure pénale, afin de prévenir toute rétention arbitraire.
À cela s’ajoutent les opérations de ratissage menées sous la coordination du Procureur général, ainsi que la célérité imprimée par les juges d’instruction dans le traitement des dossiers. Toutefois, les moyens restent limités : les 17 gardes pénitentiaires, dont l’effectif est jugé insuffisant, assurent un travail soutenu pour garantir la tenue de six audiences correctionnelles et deux audiences criminelles par semaine, ainsi que l’escorte des inculpés.
Le parquet intervient également dans la supervision de l’état civil, conformément à la loi d’octobre 2023, à travers des réunions de coordination avec les autorités locales et la désignation d’un substitut chargé du suivi de cette matière.
Pour sa part, le Président du tribunal, Aboubacar Thiam, a rappelé le lien particulier unissant le Ministre à la juridiction de Dixinn : « Vous n’êtes pas un hôte de passage, vous êtes un membre à part entière de cette maison », soulignant le rôle joué par le Ministre dans le rayonnement de la juridiction au-delà des frontières nationales.
Le magistrat a cependant évoqué les difficultés matérielles persistantes : manque d’équipements essentiels et insuffisance des infrastructures. L’achèvement et l’équipement d’un bâtiment moderne et fonctionnel restent une priorité pour offrir un cadre adapté à la mission judiciaire.
Dans son allocution, le Garde des Sceaux a reconnu les difficultés structurelles affectant la juridiction. Il a pointé les retards préoccupants dans le traitement des dossiers, la multiplication des renvois, l’audiencement des dossiers non prêts, la rédaction tardive des décisions et l’accumulation des procédures.
Pour le Ministre, ces dysfonctionnements ont des conséquences lourdes. En matière pénale, ils contribuent à l’allongement des détentions provisoires, au surpeuplement carcéral et aux répercussions sanitaires et sociales. En matière civile, ils fragilisent la sécurité juridique et érodent la confiance des justiciables. « Une justice qui tarde compromet les droits… », a-t-il martelé, insistant sur la discipline, l’organisation et le respect des délais. Il a rappelé la responsabilité partagée de chaque maillon de la chaîne pénale (magistrats du siège, parquet, greffe et administration pénitentiaire) dans la bonne administration de la justice.
Cette visite au Tribunal de Première Instance de Dixinn a été à la fois un moment de retrouvailles et un exercice de vérité. Entre reconnaissance du travail accompli dans des conditions difficiles et exigence d’une réforme organisationnelle plus rigoureuse, le message du Ministre est clair : la modernisation de la justice guinéenne passe autant par l’amélioration des infrastructures que par une discipline accrue dans le traitement des dossiers.
À Dixinn, juridiction stratégique du pays, l’enjeu est de taille : restaurer la célérité, renforcer la confiance des citoyens et faire de cette institution un véritable pilier de l’État de droit en Guinée.

