C’était l’une des décisions judiciaires les plus attendues de ces derniers mois. Ce jeudi 5 mars 2025, la Chambre des appels de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a ordonné la mise en liberté de l’ancien Premier ministre, Dr Ibrahima Kassory Fofana. Condamné à cinq ans d’emprisonnement pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, il avait été hospitalisé depuis plusieurs années à la Maison Centrale en raison de graves problèmes de santé.
La demande de libération a été présentée par le procureur spécial de la CRIEF, Ali Touré, qui a souligné l’état de santé préoccupant du prévenu.
Le juge a suivi la requête et a renvoyé l’affaire au 26 mars prochain pour la suite des débats.
“C’est par pur humanisme que nous avons agi” — Ali Touré
Ali Touré est revenu sur cette décision perçue comme un revirement : “Bon, ce n’est pas un revirement de situation, c’est dans l’ordre normal des choses. C’est un prévenu qui est hospitalisé depuis Belle-Lurette, depuis son incarcération à la Maison Centrale. Il a développé quelques pathologies, donc il est resté hospitalisé sous les frais de l’État pendant plusieurs années. C’est pourquoi, par humanisme, nous avons fait la demande à la Cour pour qu’il soit momentanément libéré, pour qu’on voie le reste de la procédure. Ce n’est que par pur humanisme qu’on l’a fait, rien d’autre.”
Interrogé sur la prise en charge médicale de Dr Kassory après sa libération, Ali Touré a précisé : “Ses soins relèvent de lui maintenant. Depuis tout le temps, il était à la charge de l’État pour ses soins. Mais à partir d’aujourd’hui, ses frais de soins relèvent exclusivement de lui. Il n’est plus à la charge de l’État pour ses soins.”
Le procureur a également évoqué les mesures de sûreté initialement envisagées pour encadrer la libération : “Ce sont des mesures pour la sérénité de la procédure. Si ces mesures sont transgressées, nous estimerons que sa liberté ne sera plus nécessaire et il faudra le reprendre. Mais cela ne m’inquiète pas suffisamment pour le moment.”
Concernant un éventuel déplacement à l’étranger pour se soigner, Ali Touré a rappelé : “Ça ne relève pas de moi. Moi, je suis un poursuivant, je suis focus sur ma procédure.”
Enfin, il a rappelé le coût supporté par l’État guinéen pour les soins de l’ancien Premier ministre : “Plusieurs milliards de francs guinéens, on peut estimer à plus de 15 milliards, parce qu’il y a beaucoup d’argent qui a été donné à la clinique Pasteur. À partir de maintenant, il n’est plus à la charge de l’État.”

