La Guinée traverse depuis plusieurs semaines une crise de liquidités qui complique les retraits dans les banques, les kiosques Orange Money et même chez certains cambistes. Face aux inquiétudes de la population, Amadou Tidiane Koula Diallo, président de l’Association des Cambistes de Guinée (ACG), estime que cette situation n’est pas liée à un manque d’argent dans le pays mais plutôt à une forte circulation de la monnaie hors du système bancaire.
« L’argent est sorti des banques pour payer les travailleurs »
Selon lui, l’une des principales explications de cette tension sur les liquidités est l’intensification des activités minières dans plusieurs régions du pays.
« Aujourd’hui, avec l’arrivée de nombreux projets miniers, notamment autour de Simandou, beaucoup d’entreprises opèrent à l’intérieur du pays. Elles retirent d’importantes sommes dans les banques pour payer les travailleurs sur les sites », explique-t-il.
Ces fonds, une fois retirés, circulent dans des zones où les infrastructures bancaires sont limitées.
« Cet argent se retrouve à Kérouané, Kankan, Boké, Gaoual, Télimélé ou encore Koundara. Dans beaucoup de ces localités, il n’y a pas suffisamment de banques. Les travailleurs gardent donc l’argent ou le font circuler localement, et il ne revient pas rapidement dans les banques », précise-t-il.
Pour lui, cette situation donne l’impression d’une pénurie alors que la monnaie continue simplement de circuler ailleurs.
Les cambistes aussi touchés
Contrairement à certaines accusations, le président des cambistes affirme que ces derniers ne stockent pas l’argent.
« Le cambiste ne garde pas l’argent. Nous sommes comme les banques : l’argent doit circuler. Si je garde un milliard dans mon bureau, cela ne sert à rien. Nous devons acheter et vendre les devises pour faire tourner l’activité », insiste-t-il.
Il ajoute que les cambistes souffrent eux aussi de cette situation.
« Aujourd’hui, même nous avons des difficultés à trouver des liquidités pour satisfaire les clients. Beaucoup pensent que les cambistes ont l’argent, mais en réalité nous dépendons aussi du marché et de la disponibilité des espèces », dit-il.
Pas un signe de faiblesse de l’économie, selon lui
Pour Amadou Tidiane Koula Diallo, cette tension ne doit pas être interprétée comme une faillite de l’économie guinéenne.
« Ce n’est pas un signe de faiblesse de l’État. L’économie se développe, les activités augmentent et les besoins en liquidités deviennent plus importants », soutient-il.
Il estime même que la stabilité relative du franc guinéen face aux devises montre que la situation reste maîtrisée.
Vers moins de cash ?
Le président des cambistes invite également les citoyens à s’adapter progressivement aux paiements électroniques.
« Il faut que les Guinéens s’habituent davantage aux virements bancaires, aux cartes et aux transferts électroniques comme Orange Money », affirme-t-il.
Selon lui, cette transition prendra du temps, notamment dans les marchés où les commerçants restent attachés aux paiements en espèces.
« Les habitudes ne changent pas du jour au lendemain, mais petit à petit cela va évoluer », estime-t-il.
Appel à la responsabilité des médias
Pour finir, il appelle les journalistes à jouer un rôle pédagogique pour éviter la panique.
« Les médias doivent expliquer la situation à la population. Il ne faut pas aggraver les inquiétudes, mais informer correctement pour que chacun comprenne ce qui se passe », conclut-il.
Laleman Guinée

