Réunis en assemblée générale extraordinaire, les avocats du Barreau de Guinée ont décidé de suspendre leur participation à toute activité judiciaire pendant deux semaines. Cette décision fait suite à ce qu’ils dénoncent comme des « atteintes graves » à leur profession, notamment l’enlèvement du bâtonnier Me Mohamed Traoré.
Parmi les mesures phares adoptées figure le boycott total des audiences et des convocations par la police judiciaire, à compter de ce mardi. Le retrait immédiat de tous les représentants du Barreau des institutions de la transition, y compris du Conseil National de la Transition (CNT), a également été acté.
Alors qu’une délégation d’avocats avait sollicité une rencontre urgente avec le ministre de la Justice pour exprimer leur indignation, celle-ci s’est soldée par un échec, provoquant un nouveau front de contestation.
« Nous avons été surpris à notre arrivée quand on nous a dit que le ministre était bien là. Sa secrétaire nous a annoncés, puis son conseiller est venu à notre rencontre, nous laissant croire que le ministre allait nous recevoir. Mais il a posé comme condition la réception d’un courrier formel de demande de rendez-vous. Nous lui avons expliqué que la situation est exceptionnelle », a confié le porte-parole du Barreau.
Selon la délégation, le refus du ministre d’échanger directement avec les représentants du Barreau dans un contexte aussi grave est inacceptable.
« Il est ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. L’hypothèse selon laquelle il n’a pas été saisi ne tient pas. Il doit faire de la question des droits de l’homme une préoccupation personnelle. C’est sa mission. »
Après un bref aller-retour de son conseiller dans le bureau, le ministre aurait maintenu sa position : aucune rencontre sans lettre formelle.
« Les choses sont désormais claires. Le ministre de la Justice a du mépris pour le Barreau. Il ne faut pas avoir peur des mots. »
La colère est palpable dans les rangs des avocats, qui estiment que ce refus de dialogue constitue une grave offense institutionnelle.
« En tant que ministre de la Justice, il a besoin du Barreau pour assurer le bon fonctionnement du système judiciaire. Nous en tirerons toutes les conséquences. »
Le porte-parole a rappelé que les mesures votées restent pleinement en vigueur pour deux semaines, avant une nouvelle assemblée générale destinée à définir une suite à la mobilisation.
« Nous ne sommes pas des politiciens, nous sommes des avocats. Nous protestons contre la violation des droits de l’homme. Nous invitons chacun à rentrer tranquillement chez lui, sans slogan. Nous sommes des intellectuels. »
La délégation souligne par ailleurs que le Parquet général a également refusé de les recevoir. « C’est un double mépris institutionnel. Mais nous restons calmes et déterminés. »
Le Barreau appelle ses membres à la discipline et à l’unité, alors que cette crise sans précédent dans le secteur judiciaire guinéen pourrait redéfinir les rapports entre les professions judiciaires et les autorités de la transition.

