Selon le ministre tchadien de la Communication, « ces accusations visent à discréditer l’armée tchadienne et peuvent porter atteinte à sa dignité », soulignant que les forces armées tchadiennes demeurent « professionnelles ».
Le ministre tchadien de la Communication et porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, a rejeté jeudi les accusations du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme faisant état de victimes civiles lors des frappes menées par l’armée tchadienne contre des positions de Boko Haram dans la région du lac Tchad.
Lors d’une déclaration à la presse, le ministre s’est dit « surpris » par les propos du Haut-Commissariat, estimant qu’ils portent « des accusations assez graves » contre l’armée tchadienne.
« Ces accusations visent à discréditer l’armée tchadienne et peuvent porter atteinte à sa dignité », a-t-il déclaré, soulignant que les forces armées tchadiennes demeurent « professionnelles » et engagées « en avant-garde dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel et dans le bassin du lac Tchad ».
Le porte-parole du gouvernement a également rappelé que le Tchad paie « un lourd tribut » dans la lutte contre Boko Haram, évoquant les pertes humaines ainsi que les efforts matériels et politiques consentis depuis plusieurs années.
Tout en rejetant ces accusations, Gassim Chérif Mahamat a assuré que les autorités tchadiennes étaient disposées à ouvrir des enquêtes.
« Dans une logique de transparence, l’État tchadien est prêt à mener des investigations. Nous avons une justice indépendante et des institutions capables de conduire des enquêtes en toute transparence », a-t-il affirmé.
Il a ajouté que le Tchad pourrait inviter des représentants du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ou d’autres instances internationales à se rendre sur le terrain afin de vérifier les faits.
Le ministre a insisté sur le fait que la principale menace demeure Boko Haram, qualifiant le groupe de « secte terroriste » responsable d’attaques meurtrières et d’actes de violence contre les populations civiles dans les pays du bassin du lac Tchad.
« C’est Boko Haram qui met à mal la cohabitation entre les populations et terrorise quotidiennement nos populations dans des zones déjà vulnérables », a-t-il déclaré.
Les autorités tchadiennes n’ont, pour l’heure, communiqué aucun bilan officiel concernant les frappes évoquées par les Nations unies.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé mercredi à l’ouverture d’enquêtes « indépendantes, impartiales et approfondies » après des bombardements attribués aux armées nigériane et tchadienne ayant fait des dizaines de victimes civiles dans le nord-est du Nigeria.
« Il est crucial que les autorités nigérianes et tchadiennes mènent des enquêtes rapides, approfondies, indépendantes et impartiales sur ces incidents troublants », a déclaré M. Türk dans un communiqué publié mercredi.
Le responsable onusien a insisté sur la nécessité de traduire en justice « les responsables de toute violation, conformément aux normes internationales ».
Selon le Haut-Commissariat, une frappe aérienne menée dimanche 10 mai contre un marché dans l’État de Zamfara, dans le nord-est du Nigeria, aurait fait au moins une centaine de morts civils et de nombreux blessés.
La région du lac Tchad, à cheval entre le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Tchad, est devenue depuis plus d’une décennie un bastion de groupes djihadistes, notamment Boko Haram et État islamique en Afrique de l’Ouest.
Volker Türk a exhorté les forces armées des deux pays à « prendre toutes les précautions possibles pour éviter de frapper les civils », rappelant que les opérations militaires doivent être conduites dans le respect du droit international humanitaire et des droits humains.
« Les civils et leurs biens ne doivent jamais être la cible d’attaques », a-t-il insisté.
Le Nigeria n’a pas encore réagi à ces déclarations.
Par ailleurs, le Fonds des Nations unies pour l’enfance a souligné que le conflit armé dans les États de Borno, Adamawa et Yobe continue d’aggraver la crise humanitaire dans le nord-est nigérian.
Selon l’agence onusienne, plus de 2,3 millions de déplacés internes et 2,2 millions de rapatriés vivent actuellement dans ces régions confrontées à l’insécurité persistante, au manque de services de base, aux inondations et aux épidémies.
L’UNICEF estime également que 8,4 millions de personnes, dont 5 millions d’enfants, ont besoin d’une assistance humanitaire dans le nord-est, le nord-ouest et le centre-nord du Nigeria.

