La colère couve de nouveau au sein du système éducatif guinéen. Les enseignants contractuels de la zone spéciale de Conakry viennent de franchir un nouveau cap dans leur bras de fer avec les autorités et le corps syndical en ordonnant un arrêt immédiat des cours dans l’enseignement public.
Déplorant vivement la tournure prise par les négociations, le coordinateur général du mouvement, Mohamed Latif Ibrahim Salim, a exprimé la vive amertume de ses troupes face aux promesses non tenues.
« C’est avec un cœur rempli de déception que la coordination des anciens contractuels de la zone spéciale de Conakry s’adresse aujourd’hui à la nation guinéenne, suite à la trahison de l’intersyndicale de l’éducation vis-à-vis de leur situation, et suite également au non-respect du protocole d’accord signé […] le 3 janvier 2024 », a-t-il déclaré.
Un appel au boycott immédiat des classes
Face à ce qu’ils qualifient de blocage délibéré, la coordination invite l’ensemble du personnel contractuel de la capitale à déserter les établissements scolaires.
« À date, nous informons tous les anciens contractuels de la zone spéciale de Conakry que le dossier est déjà oublié suite à la trahison de l’intersyndicale […] Nous demandons dès maintenant à tous les anciens contractuels […] de quitter les salles de classe au niveau des établissements publics jusqu’à la satisfaction de notre revendication », martèle le coordinateur.
Au cœur des revendications figure le respect strict du septième point de l’accord de janvier 2024, prévoyant une évaluation sur le terrain :
« La coordination exige sans délai le respect du protocole d’accord […] au 7ᵉ point qui prévoit l’engagement des anciens contractuels […] à la fonction publique en passant par le concours pratique de classe. Parce qu’on ne peut connaître la valeur d’un enseignant si ce n’est pas en classe », rappelle Mohamed Latif Ibrahim Salim.
Appel direct au Général Mamadi Doumbouya et à Bah Oury
Estimant que la crise traîne depuis de trop nombreuses années, le porte-parole interpelle directement le sommet de l’État pour un arbitrage d’urgence.
« Nous attirons l’attention du Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, et le chef du gouvernement également, Monsieur Bah Oury, de prendre cette situation en main. Parce que c’est une situation qui a duré. Depuis 2018, nous sommes dans cette situation, et la situation des anciens contractuels communautaires est déjà réglée. Alors pourquoi pas ceux de la zone spéciale de Conakry ? », demande-t-il.
Alors que les besoins nationaux en personnel enseignant restent criants, les représentants des contractuels soulignent le faible coût représenté par les effectifs de Conakry au regard des capacités d’absorption du gouvernement.
« L’État a demandé 8 000. Il y a un besoin de 8 000 pour le moment, mais le besoin général au niveau de l’enseignement, c’est 18 000. […] Et Conakry, qui n’atteint même pas 2 000, pourquoi ne pas les évaluer en classe ou, à défaut, les engager sans condition ? », interroge le leader du mouvement.
Déterminés à aller au bout de leur démarche, les enseignants contractuels se disent prêts à maintenir la pression jusqu’à l’aboutissement complet de leurs revendications.
« Nous exigeons toujours, avec notre dernière énergie, l’application du protocole d’accord […] À défaut, ces anciens contractuels sont prêts à bouder les salles de classe dès maintenant », conclut Mohamed Latif Ibrahim Salim, sous les acclamations des militants, qui promettent de « se sacrifier jusqu’au bout ».

