La Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée cette année sous le thème de l’UNESCO « Informer dans un monde complexe, l’impact de l’intelligence artificielle sur la liberté de la presse et les médias », n’a pas réuni toute la corporation médiatique guinéenne. Pour cette édition 2025, le Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG) et les associations de presse ont tenu des événements séparés, témoignant d’une fracture persistante dans le paysage médiatique national.
Alors que les associations de presse ont mis l’accent sur les réformes législatives attendues et l’amélioration des conditions socioéconomiques des journalistes, le SPPG a axé son message sur la situation alarmante de la liberté de la presse dans un contexte de transition militaire qu’il qualifie de « particulièrement hostile ». Le syndicat a choisi pour sous-thème : « Informer dans un pays en transition militaire : l’impact de la fermeture des médias sur les conditions de vie des journalistes et l’avenir du journalisme indépendant en Guinée ».
Un climat de répression documenté
Dans une déclaration solennelle, le SPPG a dénoncé 70 atteintes graves à la liberté de la presse survenues en 2024, contre 23 en 2023 — soit une hausse de 204 %. Il évoque également la chute brutale de la Guinée dans le classement de Reporters sans Frontières, passant de la 78e à la 103e place sur 180 pays, devenant ainsi l’un des États ayant le plus reculé.Parmi les cas emblématiques cités : la fermeture de plusieurs radios et télévisions, les détentions arbitraires de journalistes, les intimidations, et surtout, la disparition inquiétante du journaliste Habib Marouane Camara depuis décembre 2024.
Des recommandations fortes du SPPG
Face à cette situation, le SPPG a lancé un appel à la conscience collective, exhortant les autorités à rétablir les médias fermés, garantir la sécurité des journalistes, associer le syndicat aux réformes en cours, et renforcer le rôle de la Haute Autorité de la Communication (HAC) avec une représentation syndicale équitable.
Le syndicat exige également la levée de la suspension du journaliste Toumany Camara et de son site Presse Investigation, suspendus malgré leurs alertes sur la dégradation du parc national du Haut Niger.
Un plaidoyer réformiste des associations de presse
De leur côté, les associations de presse, réunies quelques minutes plutôt, ont salué l’opportunité qu’offre la fin de la transition pour moderniser le cadre légal des médias. Elles appellent à une réforme de la loi organique sur la liberté de la presse, à l’encadrement des nouveaux médias numériques, et surtout, à l’opérationnalisation du Fonds d’appui au développement des médias (FADEM), qu’elles qualifient de « promesse restée lettre morte ».Tout en exprimant leur attachement aux valeurs de responsabilité, d’éthique et de paix sociale, elles exhortent l’État à garantir la liberté d’expression et à protéger les journalistes.
Deux visions, une même inquiétude
Si les deux entités n’ont pas voulu célébrer ensemble cette journée du 3 mai, elles partagent toutefois un constat commun : l’état de la liberté de la presse en Guinée est préoccupant. L’appel à la responsabilité de tous — journalistes, autorités et partenaires internationaux — revient comme un leitmotiv dans les deux discours.
Reste à savoir si ces interpellations multiples, portées dans des cadres distincts, pourront converger vers un dialogue franc et inclusif pour sortir la presse guinéenne de l’impasse.
Monsieur Ciré

