La décision du président général Mamadi Doumbouya d’accorder la grâce à Moussa Dadis Camara a provoqué une réaction de stupéfaction et de colère parmi les défenseurs des droits de l’homme et les victimes du massacre du 28 septembre 2009. Cette grâce, annoncée le 28 mars par le porte-parole de la présidence, le général Amara Camara, a permis la libération immédiate de l’ancien chef de la junte, condamne à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité.
Une justice compromise ?
Pour la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme (OGDH) et l’Association des Victimes, Parents et Amis du 28 Septembre 2009 (AVIPA), cette décision constitue un véritable affront au processus judiciaire et aux victimes. Me Alpha Amadou DS Bah, président de l’OGDH, dénonce une atteinte grave à la séparation des pouvoirs et remet en question les motifs de santé avancés, rappelant que des alternatives légales existent pour les détenus malades.
Asmaou Diallo, présidente de l’AVIPA, exprime quant à elle la douleur et l’indignation des familles des victimes. « Après 22 mois d’un procès historique, nous attendions une justice pleine et entière, non un tel déni. Apprendre simultanément l’indemnisation des victimes et la libération de Dadis Camara est une insulte à notre combat », déplore-t-elle.
Un signal désastreux pour la lutte contre l’impunité
Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, qualifie la mesure de « signal désastreux » qui remet en cause la responsabilité de l’État guinéen envers les principes de justice et de lutte contre l’impunité. Cette décision intervient après que la Guinée a été félicitée pour la tenue du procès du massacre, qui s’était ouvert en septembre 2022, attirant l’attention de la Cour Pénale Internationale (CPI).
Le massacre du 28 septembre 2009, commis par les forces de sécurité contre des manifestants pacifiques au stade de Conakry, avait fait au moins 156 morts et de nombreuses victimes de violences sexuelles. L’engagement de la Guinée dans la justice internationale était perçu comme un pas important vers la réparation. Cette grâce remet en cause les obligations du pays au regard du Statut de Rome et des engagements pris avec la CPI et l’Union Africaine.
Vers des recours juridiques internationaux
Les organisations de défense des droits humains, indignées par cette mesure, ont annoncé leur intention d’explorer toutes les voies de recours possibles aux niveaux national, régional et international. L’accord de complémentarité entre la Guinée et la CPI pourrait ainsi être réévalué si cette grâce est jugée contraire aux principes fondamentaux de justice.
Alors que la lutte contre l’impunité semblait avancer en Guinée, cette décision présidentielle risque de fragiliser la crédibilité de l’État et de porter un coup sévère à la confiance des citoyens envers la justice. Pour les victimes du 28 septembre 2009, la bataille pour la reconnaissance et la réparation est loin d’être terminée.

