Dans une lettre poignante adressée au Président de la Transition, Me Thierno Souleymane Baldé, avocat et porte-parole des familles des victimes du régime de l’ancien président Alpha Condé, appelle à une reprise immédiate de la procédure judiciaire ouverte depuis janvier 2023. Cette procédure, enclenchée à la suite d’une injonction du Procureur général près la Cour d’appel de Conakry, vise à faire la lumière sur les crimes présumés commis sous le régime Condé.
Un pool mixte d’officiers de police judiciaire – composé de membres de la police nationale et de la gendarmerie – avait été constitué pour mener une enquête préliminaire. Vingt-six suspects, en plus de l’ancien président Alpha Condé, ont été identifiés dans le cadre de cette instruction. L’audition des parties civiles, entamée le 20 janvier 2023, a permis de recueillir les témoignages de centaines de victimes, avant que ne débute celle des mis en cause.
Selon Me Baldé, la procédure semblait bien engagée et n’attendait plus que l’audition de quelques derniers suspects pour être transférée devant un juge d’instruction au Tribunal de Première Instance de Dixinn. Pourtant, sans explication ni justification officielle, le processus judiciaire a brusquement été interrompu.
« Nous ne comprenons pas les raisons de cet arrêt brutal alors que tant de victimes comptaient sur la justice pour faire éclater la vérité et, au minimum, obtenir réparation morale », déplore Me Baldé. L’avocat rappelle par ailleurs que le discours du Président de la Transition, lors de sa prise de pouvoir, avait placé la justice comme « boussole » de son mandat.
Pour les familles des victimes, cet arrêt est une source d’inquiétude croissante et suscite un sentiment d’abandon. Elles réclament une reprise diligente des enquêtes et appellent à un engagement politique clair pour lever les obstacles et restaurer la confiance dans les institutions judiciaires.
« L’impunité est le terreau fertile des crimes », rappelle Me Baldé, avant d’ajouter que les Guinéens ont trop pleuré et qu’il est temps « de faire sécher leurs larmes » en rendant justice à toutes les victimes du régime précédent.
Cet appel solennel vise à rappeler aux autorités que la réconciliation nationale ne peut se faire sans vérité ni justice. En relançant cette procédure, le régime de transition pourrait poser un acte fort en faveur des droits humains et marquer une rupture nette avec les pratiques du passé.

