Dans un entretien accordé à notre rédaction, Dr Édouard Zotomou Kpogomou, président de l’UDRP et vice-président de l’ANAD, a vivement critiqué la récente réorganisation gouvernementale opérée par décret présidentiel.
« Une inflation institutionnelle inutile »
Interrogé sur la nécessité de l’augmentation du nombre de ministères, Dr Kpogomou est catégorique : « En Guinée, on pense toujours que l’efficacité vient avec des chiffres pléthoriques. C’est une erreur d’appréciation. Même des pays comme le Canada ou les États-Unis fonctionnent avec une douzaine de ministères. » Pour lui, le problème ne réside pas dans le nombre de portefeuilles, mais dans la qualité et la compétence des personnes nommées à la tête des structures existantes.
Il fustige une gouvernance orientée vers la distribution de postes à des fins politiques, au lieu de rationaliser l’action publique : « On crée des postes pour les adapter à des hommes, au lieu de mettre des hommes à la hauteur des postes existants. »
Des conséquences administratives et budgétaires préoccupantes
Sur le plan économique et institutionnel, Dr Kpogomou alerte sur les effets néfastes de cette expansion ministérielle. « Chaque ministère entraîne de nouvelles charges : cabinet, secrétariat général, directions, équipements, budgets. Cela alourdit l’État au lieu de le rendre plus agile », explique-t-il.
Il craint également des conflits d’autorité entre structures aux attributions proches ou redondantes, ce qui risquerait d’accroître la confusion dans la chaîne de décision et de ralentir davantage l’exécution des politiques publiques.
Une orientation contraire aux exigences de réforme
Dr Kpogomou se dit inquiet d’un retour en arrière alors que le pays a, selon lui, besoin de réformes profondes. « Il ne s’agit pas seulement de structure, il s’agit de méthode. Il faut des techniciens compétents et une vraie volonté de rupture avec le clientélisme et le népotisme. On n’innove pas par le nombre, on innove par la compétence. »
Il appelle à un retour à la raison et invite le gouvernement à réévaluer cette décision dans l’intérêt de la nation. « Ce n’est pas une question partisane. Il s’agit de l’État, de ses ressources limitées, et de notre avenir collectif. »
Une mise en garde sans équivoque
Dans ses derniers mots, Dr Kpogomou insiste : « Plus on multiplie les ministères, plus on augmente la lourdeur administrative et on freine l’innovation. Ce n’est pas la bonne direction. Il faut réduire, recentrer, et exiger des résultats. »

