Alors que le gouvernement guinéen a entamé la vulgarisation du projet de nouvelle Constitution, l’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie (ANAD) annonce son intention de saisir la justice pour contester le texte. Une démarche jugée légitime par certains acteurs de la société civile, à l’instar d’Ibrahima Aminata Diallo.
Dans une interview, ce dernier estime que l’ANAD agit dans le cadre légal, en choisissant la voie judiciaire plutôt que la rue. « S’ils ne se reconnaissent pas dans le contenu du projet et rejettent certains articles, il est tout à fait normal qu’ils fassent recours à la justice. C’est une attitude responsable, d’autant plus que les manifestations non autorisées sont interdites », affirme-t-il.
Voter non ou contester devant les tribunaux ?
Interrogé sur la pertinence de saisir la justice face à un processus référendaire, Ibrahima Aminata Diallo estime que le recours judiciaire peut aller de pair avec une campagne de sensibilisation. Selon lui, les acteurs politiques devraient avant tout expliquer les enjeux du projet aux citoyens, en mettant en lumière ses avantages et ses failles : « Il faut présenter les pour et les contre de chaque disposition. Par exemple, la réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans mérite un débat. Il en est de même pour la contradiction apparente entre l’âge minimal requis pour être président de la République et celui de président de l’Assemblée nationale. »
Pour lui, cette sensibilisation ne devrait pas être perçue comme un acte de défiance : « La Constitution est destinée aux Guinéens. Il est donc essentiel que chacun puisse s’exprimer librement sur son contenu. »
Un appel au dialogue inclusif
Quant aux chances de succès de la démarche judiciaire de l’ANAD, le membre de la société civile reste prudent, mais il y voit une opportunité de relance du dialogue. « Cette action pourrait servir de déclic pour rassembler tous les acteurs autour d’une même table. Le consensus est indispensable avant d’aller au référendum. Il ne faut pas reproduire les erreurs du passé où chaque consultation électorale débouchait sur des violences. »
Ibrahima Aminata Diallo appelle ainsi le gouvernement, notamment le Premier ministre, à jouer pleinement son rôle dans la promotion du dialogue politique. Il insiste : « Ce projet n’est pas encore une Constitution. Il reste un texte à débattre. Il faut encourager les échanges, accepter les critiques et éviter d’imposer une vision unique. »
Une critique de la gouvernance des textes
Enfin, l’activiste déplore une instabilité constitutionnelle chronique en Guinée. « Notre problème n’est pas tant la Constitution que le respect des textes. On ne peut pas changer de Constitution à chaque alternance politique. Il faut que les règles du jeu soient claires, stables et respectées. »
Il conclut en rappelant l’importance de l’inclusion dans la construction d’un État de droit solide : « Celui qui conteste un article ne doit pas être vu comme un ennemi de la République. C’est un citoyen qui aspire à un texte fondamental dans lequel il se reconnaît. »

