Le Premier ministre guinéen Bah Oury est revenu ce jeudi sur la décision du gouvernement de retirer une concession minière stratégique au géant émirati Guinea Alumina Corporation (GAC). Il s’agit, selon lui, d’un acte de souveraineté justifié par le non-respect des engagements initiaux pris par la société.
« Ce n’était pas une concession minière qui était prévue au départ, mais la construction d’une raffinerie d’aluminium. Malheureusement, pendant près de 20 ans, les anciens gouvernements ont fait preuve de laxisme en laissant l’exploitation brute du minerai se substituer à la transformation locale », a affirmé Bah Oury.
Un engagement non tenu depuis 20 ans
Selon le chef du gouvernement, l’accord initial conclu avec les Émiratis prévoyait la construction d’une raffinerie en Guinée, un projet jamais concrétisé. À la place, le minerai guinéen a été systématiquement exporté à l’état brut vers les Émirats arabes unis, où l’aluminium a été transformé, privant ainsi la Guinée de retombées industrielles et économiques essentielles.
« Ce qui aurait dû être construit ici a été construit ailleurs », regrette Bah Oury, qui évoque une politique de fermeté initiée depuis l’arrivée au pouvoir du général Mamadi Doumbouya le 5 septembre 2021 : « Tous les opérateurs doivent désormais se conformer aux exigences de transformation locale. »
Une décision assumée face aux critiques internationales
La maison mère de GAC, Emirates Global Aluminium, a dénoncé une « prise de contrôle illégale et hostile » de ses installations. Mais le Premier ministre écarte toute crainte d’un impact négatif sur le climat des affaires.
« Les investisseurs sérieux et crédibles savent que la République de Guinée agit dans le respect de ses lois. Ce n’est pas une mesure isolée : d’autres compagnies minières ont également vu leurs permis retirés pour des manquements similaires », a-t-il insisté.
3000 emplois locaux menacés ?
L’un des arguments avancés par GAC est le risque de perte de plus de 3000 emplois dans la région de Boké, fief des activités minières de la société. Une inquiétude que Bah Oury dit entendre, mais qu’il retourne contre l’entreprise elle-même.
« S’ils avaient été sincèrement engagés, ils auraient construit la raffinerie depuis longtemps. Ce manquement est la véritable menace pour l’emploi local. »
Le Premier ministre a par ailleurs révélé la création récente d’une nouvelle société, Nimba Mining, chargée de relancer une dynamique de transformation locale des ressources.
Cap sur la transformation locale
Cette décision s’inscrit dans une volonté affirmée par le pouvoir guinéen : mettre fin à l’exportation brute des ressources naturelles, notamment la bauxite, et imposer la transformation industrielle sur le territoire national.
Un tournant stratégique qui pourrait redéfinir les règles du jeu pour l’ensemble du secteur minier guinéen, à condition que les engagements soient suivis d’investissements concrets.

