À moins de trois mois de l’élection présidentielle prévue le 25 octobre, l’opposition ivoirienne a réussi son pari : mobiliser massivement ses partisans pour dire « Non » à un quatrième mandat du président sortant, Alassane Ouattara. Samedi 9 août, plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans le calme sur le boulevard de la Solidarité, à Yopougon, bastion historique de l’ancien président Laurent Gbagbo.
Rassemblés derrière les deux principales formations d’opposition – le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Tidjane Thiam et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo – les protestataires ont scandé des slogans tels que « On ne veut pas de quatrième mandat ! » ou « Trop c’est trop ! ». Beaucoup arboraient des drapeaux ivoiriens ou les couleurs de leurs partis, tandis que d’autres portaient des pagnes à l’effigie de Gbagbo ou de Thiam.
Les deux leaders, exclus du scrutin par des décisions de justice – l’un pour des questions de nationalité, l’autre en raison d’une condamnation pénale – ont uni leurs forces depuis juin au sein du « Front commun » pour exiger la réinscription de leurs noms sur la liste électorale et la participation de tous les candidats majeurs à la présidentielle.
« C’est une mobilisation historique qui montre que le peuple de Côte d’Ivoire est debout face à l’intransigeance », a déclaré Noël Akossi Bendjo, vice-président du PDCI. Sébastien Dano Djedje, président exécutif du PPA-CI, a averti : « Nous ne voulons pas d’un quatrième mandat anticonstitutionnel et nous demandons que nos leaders soient réinscrits sur la liste électorale ».
La manifestation s’est dispersée sans incidents. Mais le climat politique reste tendu : plusieurs cadres du PDCI et du PPA-CI ont été arrêtés ou convoqués par la justice ces dernières semaines. L’opposition dénonce un « harcèlement politique », tandis que le gouvernement assure qu’il n’y a « aucune arrestation arbitraire ».
Au pouvoir depuis 2011, Alassane Ouattara a officialisé fin juillet sa candidature à un quatrième mandat, estimant que la Constitution lui en donne le droit. Le Conseil constitutionnel avait déjà tranché en 2020, considérant que l’adoption de la nouvelle Constitution en 2016 avait « remis le compteur des mandats à zéro » – une interprétation que l’opposition rejette catégoriquement.

