Candidat indépendant à l’élection présidentielle, Maître Thierno Souleymane Baldé salue la reconnaissance officielle de la candidature indépendante en Guinée, une première dans l’histoire politique du pays. Mais pour l’avocat et militant de la transparence, la réalité sur le terrain est tout autre : obstacles administratifs, intimidations et manque de transparence minent, selon lui, le processus électoral.
« L’idée est bonne, mais la pratique pose problème », déclare-t-il d’emblée. Selon lui, le principe même du parrainage, confié aujourd’hui aux délégations spéciales, complique considérablement la tâche des candidats indépendants.
« Dans les conditions normales, il aurait fallu d’abord organiser les élections locales afin que les maires élus puissent parrainer les candidats à la présidentielle. Mais aujourd’hui, ce sont les délégations spéciales, non élues, qui doivent signer les formulaires. Et sur le terrain, on nous refuse parfois de prendre nos dossiers. Certains de nos émissaires sont même retenus, comme s’ils avaient commis un délit », déplore-t-il.
Pour l’avocat, ces pratiques traduisent une volonté d’exclure une partie des candidats du processus électoral. « Nous ne nous faisons pas d’illusions : ces élections ne seront pas libres et transparentes. Mais c’est notre pays. Nous allons utiliser tous les moyens légaux pour faire valoir nos droits », affirme-t-il avec détermination.
Un système de parrainage jugé injuste
Maître Baldé plaide pour un système de parrainage citoyen, à l’image de certains pays européens.
« En Suisse, par exemple, un candidat doit recueillir 10 000 ou 50 000 signatures de citoyens. Cela aurait été plus juste et plus représentatif du soutien populaire. Mais ici, le parrainage est confisqué par des autorités administratives. Même obtenir une copie du code électoral relève du parcours du combattant », regrette-t-il.
Une caution de 900 millions jugée dissuasive
Autre point de discorde : la caution présidentielle, fixée à 900 millions de francs guinéens, et le plafonnement des dépenses de campagne à 40 milliards.
Pour Maître Baldé, cette exigence financière exclut de fait les candidats sincères et compétents, au profit d’une élite politico-économique déjà enrichie.
« Ce sont ceux qui ont volé l’argent de la République qui peuvent se permettre de payer 900 millions. C’est un obstacle dressé contre les candidats honnêtes. La plupart des Guinéens vivent avec un salaire dérisoire. Comment voulez-vous qu’un citoyen lambda réunisse une telle somme en quelques semaines ? », s’indigne-t-il.
Il affirme cependant pouvoir compter sur une jeunesse mobilisée :
« Dans toutes les régions du pays, des jeunes épris de paix et de justice nous soutiennent bénévolement. Ce mouvement citoyen prouve qu’un autre leadership est possible. »
Vers une “sélection” plus qu’une élection ?
Interrogé sur le nombre record de candidatures annoncées, Maître Baldé estime que le véritable enjeu ne réside pas dans la quantité, mais dans la crédibilité du processus.
« Ce n’est pas le nombre de candidats qui compte, mais la transparence et l’équité du scrutin. Aujourd’hui, entre le parrainage arbitraire et la caution exorbitante, tout laisse penser que nous nous dirigeons vers une sélection et non une élection », prévient-il.
Déterminé, le candidat indépendant promet de poursuivre son combat dans le respect de la loi.

