Journée historique pour la Guinée. Le lancement officiel du projet minier de Simandou, l’un des plus importants gisements de fer au monde, marque un tournant économique majeur pour le pays. Ce site, situé dans le sud-est du territoire, renferme plus de deux milliards de tonnes de fer à haute teneur. Après trois décennies d’attente, son exploitation débute enfin sous la houlette de deux grands opérateurs : Winning Consortium Simandou (WCS), un groupement d’entreprises chinoises, et Simfer, filiale du géant anglo-australien Rio Tinto, associé au chinois Chinalco.
À terme, ces entreprises exporteront 120 millions de tonnes de fer par an, générant des milliards de dollars de revenus pour l’État guinéen. Outre l’exploitation minière, le projet prévoit la construction d’un chemin de fer de plus de 600 kilomètres entre la mine et le port de Morebaya, ainsi que d’un port en eau profonde et, dans un second temps, d’une usine de transformation du minerai.
Le ministre des Mines, Bouna Sylla, s’est exprimé sur les enjeux et les perspectives du projet dans une interview exclusive accordée à RFI.
« Le passage du rêve à la réalité »
RFI : Ce mardi 11 novembre marque le lancement du projet Simandou. Cela fait presque trente ans que l’on parle de ce projet, qui se concrétise enfin. C’est un jour historique pour la Guinée. Est-ce une satisfaction pour vous ?
Bouna Sylla : C’est plus qu’une satisfaction. C’est plutôt le passage du rêve à la réalité pour des millions de Guinéens. Depuis nos pères fondateurs, tous les dirigeants qui se sont succédé ont eu pour objectif de réaliser ce projet. Finalement, c’est grâce au leadership du président de la République, Mamadi Doumbouya, que ce projet voit le jour de manière concrète, avec les infrastructures que vous voyez devant vous. Ce gigantesque projet est le plus gros projet mine-infrastructures dans le monde, avec 20 milliards de dollars d’investissements.
Des retombées économiques majeures
RFI : Ce sera un des plus grands projets miniers du monde. Les entreprises doivent produire et exporter 120 millions de tonnes de fer par an. Cela va générer des revenus considérables pour l’État guinéen. À combien chiffrez-vous ces revenus ?
Bouna Sylla : Quand on atteindra les 120 millions de tonnes, ce sera environ deux milliards de dollars de revenus qui seront générés par le projet, sans compter les revenus indirects. Le projet ne sera pas uniquement pour l’exportation du minerai brut, mais ce minerai sera également transformé sur place pour plus de valeur ajoutée.
Des exonérations encadrées par l’OCDE
RFI : Les entreprises bénéficieront d’exonérations fiscales durant les premières années. Pourquoi ces allègements ?
Bouna Sylla : Dans l’industrie minière, les revenus les plus sûrs sont les royalties. Il n’y a pas d’exonération sur les taxes minières. Dans le cas de Simfer, les impôts sur les sociétés sont remplacés par le pilier deux de l’OCDE, pour que, dès les premières années de profits, il y ait 15 % de profits partagés avec l’État. À la fin de cette période, on passera au droit commun, à 30 % d’imposition.
Un projet créateur d’emplois
RFI : Simandou en phase d’exploitation représentera combien d’emplois ?
Bouna Sylla : En phase de construction, plus de 50 000 emplois. En phase d’exploitation, entre 10 000 et 15 000 emplois directs, sans compter les indirects. Globalement, plus de 20 000 emplois.
Concernant la transition entre la construction et l’exploitation, le ministre précise qu’une Task Force de mobilisation a été mise en place pour éviter la perte des emplois :
« Nous travaillons à créer de nouveaux projets, notamment des raffineries d’alumine, pour absorber les travailleurs démobilisés. Ce programme, baptisé Simandou 2040, contribuera à réduire la pauvreté. »
Des conventions renégociées pour plus d’avantages
RFI : Qu’est-ce qui a changé avec les renégociations de 2022 et 2023 ?
Bouna Sylla : Au niveau fiscal, nous avons amélioré de plus de 20 % les revenus attendus pour l’État. Et désormais, le chemin de fer servira aussi au transport de passagers et de marchandises : un train de passagers par jour et trois trains de fret par semaine.
Une transparence annoncée après la mise en service
Interrogé sur la non-publication de la convention de codéveloppement créant la Compagnie du Transguinéen (CTG), le ministre justifie :
« Après la construction, il faut six mois de mise en service pour s’assurer de la robustesse des infrastructures. C’est à la fin de cette période, vers juin 2026, que la convention sera publiée. »
La CTG, un modèle économique durable
Bouna Sylla : « La CTG est une société anonyme de droit guinéen. Les entreprises minières paieront des redevances d’utilisation du chemin de fer et du port. Ces revenus permettront à la CTG de fonctionner et de rembourser ses dettes. »
Un port en eau profonde à venir
À terme, un port en eau profonde sera construit.
« Après l’atteinte des 120 millions de tonnes, nous lancerons les études de faisabilité pour son extension », précise le ministre.
Des perspectives industrielles et énergétiques
Concernant la construction d’usines d’aciérie ou de pellets, Bouna Sylla souligne que le pays dispose déjà de projets énergétiques en cours, notamment :
« Un barrage hydroélectrique de 300 MW est en construction à plus de 45 %. Il s’ajoute à des projets thermiques. Le projet Simandou permettra de renforcer la planification énergétique nationale. »
Un réseau ferroviaire interconnecté
Le gouvernement prévoit une boucle ferroviaire nationale, permettant de relier le Mont Nimba, Kalia et Dabola-Tougué :
« L’infrastructure est multi-utilisateurs, avec un droit d’accès pour les projets le long du corridor. Cela garantit la viabilité économique du réseau et réduit les coûts d’investissement pour tous. »
Sécurité et conditions de travail : des enquêtes en cours
Sur les accidents survenus sur les chantiers, le ministre reste prudent :
« Nous avons recruté des firmes indépendantes pour enquêter. Les résultats seront rendus publics. Nous travaillons à renforcer la sécurité pour éviter de nouveaux drames. »
Éducation et formation : investir dans l’avenir
Le projet Simandou prévoit un important volet social.
« 5 % des revenus miniers iront à l’éducation nationale : construction d’écoles, bibliothèques, centres de formation. Et 20 % des revenus de la CTG financeront des bourses d’études à l’étranger pour les meilleurs lycéens guinéens. »
Le budget de ce programme est estimé entre 200 et 300 millions de dollars par an, avec un accent mis sur les filières scientifiques et techniques.
« Ce seront des milliers de jeunes qui en profiteront », conclut le ministre.
Un tournant historique
Avec la mise en exploitation de Simandou, la Guinée s’apprête à franchir une étape décisive dans son développement économique et industriel.
Pour Bouna Sylla, « Simandou, c’est l’avenir de la Guinée ».
Source : RFI – Interview de Bouna Sylla, ministre des Mines de Guinée
Titre original : Lancement de la mine de Simandou : « Un jour historique pour la Guinée », estime Bouna Sylla

