Bissau / Dakar, 28 novembre 2025 — La Guinée-Bissau replonge dans l’incertitude politique. À la suite d’une nouvelle tentative de coup d’État menée par des éléments des forces armées, le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló a été exfiltré dans la soirée du jeudi 27 novembre et conduit sain et sauf à Dakar, au Sénégal. Cette opération d’urgence a été pilotée par les autorités sénégalaises en coordination avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Selon des sources officielles à Dakar, un aéronef spécialement affrété par le gouvernement sénégalais a été dépêché à Bissau afin de sécuriser le déplacement du président déchu. L’appareil a également permis le rapatriement de plusieurs personnalités politiques arrêtées dans le cadre de la crise ainsi que de membres de missions d’observation électorale. Cette initiative a été conduite sous la supervision directe du chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, qui s’est fortement impliqué dans la gestion de la situation.
La CEDEAO, qui s’est réunie en sommet extraordinaire, a condamné avec fermeté la tentative de prise de pouvoir par la force. Les chefs d’État ont exigé le rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau et la libération sans délai des personnes interpellées, au premier rang desquelles le président Umaro Sissoco Embaló. L’organisation régionale a également décidé de mettre en place un comité de médiation restreint chargé de suivre de près l’évolution de la situation. Le Sénégal y occupe une place centrale, confirmant son rôle de médiateur majeur en Afrique de l’Ouest.
Cette nouvelle crise intervient dans un pays profondément marqué par l’instabilité politique. Depuis son accession à l’indépendance en 1974, la Guinée-Bissau a connu quatre coups d’État réussis et pas moins de dix-sept tentatives de putsch. Le dernier épisode en date survient au moment où les citoyens attendaient les résultats du scrutin présidentiel, plongeant davantage la nation dans l’incertitude. Le général Horta N’Tam, désigné président de la transition par les militaires, devrait diriger le pays durant une période d’un an.
L’arrivée d’Umaro Sissoco Embaló à Dakar n’a surpris qu’à moitié les observateurs. L’ancien président, qui a dirigé la CEDEAO entre 2022 et 2024, connaît bien la capitale sénégalaise où il a longtemps résidé avant son accession à la magistrature suprême. Il y possède également des biens immobiliers, ce qui renforce l’idée d’un refuge familier plutôt qu’un exil forcé. Le Sénégal, fidèle à sa tradition d’hospitalité politique, a déjà accueilli par le passé plusieurs dirigeants africains déchus ou en exil, parmi lesquels Amadou Toumani Touré du Mali, Hissène Habré du Tchad et Ahmadou Ahidjo du Cameroun.
Dans un communiqué, le ministère sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur a indiqué que Dakar restait en contact permanent avec les acteurs bissau-guinéens engagés dans la résolution de la crise. Le Sénégal réaffirme ainsi sa volonté de travailler avec la CEDEAO, l’Union africaine et l’ensemble des partenaires régionaux pour restaurer la stabilité et l’ordre constitutionnel dans ce pays voisin.
Alors que la transition s’ouvre à Bissau sous forte tension, l’exfiltration du président Embaló apparaît comme un nouvel épisode révélateur de la fragilité institutionnelle de la Guinée-Bissau. Les regards se tournent désormais vers la CEDEAO, dont les décisions dans les jours à venir seront déterminantes pour l’avenir politique du pays.

