Depuis près d’un an, les acteurs de la monnaie électronique en Guinée font face à une pénurie persistante de liquidités. Entre difficultés de retrait pour les clients, manque à gagner pour les agents et tensions alimentées sur les réseaux sociaux, le secteur tire la sonnette d’alarme et appelle les autorités à agir rapidement.
Une crise qui dure depuis près d’un an
En Guinée, les points de vente de monnaie électronique traversent une période difficile. Selon Amadou Yero Diallo, secrétaire général du Syndicat des acteurs de la monnaie électronique de Guinée (SAMEL-Guinée), la crise de liquidités remonte à après la fête de Tabaski de l’année dernière.
« Nous avons commencé à constater qu’il y avait un problème lorsque nous n’arrivions plus à obtenir les montants demandés pour le retour en cash auprès de nos distributeurs », explique-t-il.
Depuis lors, la situation ne cesse de se détériorer, compliquant les opérations de dépôts et surtout de retraits pour les usagers.
Des clients contraints de multiplier les points de vente
La pénurie de liquidités impacte directement les clients. Dans plusieurs localités, les retraits deviennent de plus en plus difficiles.
« Aujourd’hui, un client peut faire plusieurs points de vente sans réussir à retirer même 50 000 francs guinéens », déplore Amadou Yero Diallo.
Pourtant, ces points de vente jouent un rôle essentiel dans l’inclusion financière, notamment dans les zones où les banques sont peu présentes.
Des agents en chômage forcé
Les conséquences sont également lourdes pour les agents eux-mêmes, qui vivent principalement des commissions générées par les transactions.
« Si tu passes toute une journée sans effectuer même cinq transactions, tes revenus chutent. Certains de nos collègues sont aujourd’hui en chômage forcé », affirme le responsable syndical.
Cette baisse d’activité rend difficile le paiement des loyers, des charges et la gestion quotidienne des points de vente.
Des explications jugées peu convaincantes
Face à la crise, plusieurs rencontres ont été organisées entre les acteurs du secteur, les banques commerciales, les associations de consommateurs et la Banque centrale.
Cependant, selon le syndicat, les explications fournies n’ont pas convaincu les acteurs du terrain. Certains responsables évoquent une stratégie visant à encourager davantage les transactions numériques.
Un argument que conteste Amadou Yero Diallo :
« Dans plusieurs villages, certaines personnes ne connaissent même pas leur code secret. Elles viennent avec leur téléphone et un papier où le code est écrit pour que nous fassions la transaction. »
Une injection de liquidités jugée insuffisante
Le gouverneur de la Banque centrale aurait annoncé une injection de 30 milliards de francs guinéens pour soutenir le circuit financier. Mais selon les acteurs du secteur, seulement 15 milliards auraient été effectivement injectés.
Un montant jugé largement insuffisant pour répondre à la forte demande de retraits à travers le pays.
Des tensions alimentées sur les réseaux sociaux
La situation a également pris une tournure préoccupante sur les réseaux sociaux, où certains messages accusent les points de vente de refuser volontairement les retraits ou de pratiquer des discriminations ethniques.
Des accusations que rejette catégoriquement le syndicat. « L’argent ne connaît ni ethnie, ni religion. Nous travaillons pour satisfaire les clients et vivre des commissions », insiste le responsable.
Face aux menaces visant certains agents, le syndicat affirme avoir déposé des plaintes et recommande aux points de vente qui se sentent en danger de suspendre temporairement leurs activités.
Un appel urgent aux autorités
Les acteurs de la monnaie électronique appellent désormais les autorités à agir rapidement afin de rétablir la confiance dans le système financier.
« Si quelqu’un dépose de l’argent à la banque et qu’il ne peut pas le retirer, il perd confiance. Aujourd’hui, l’économie est fortement ralentie », prévient Amadou Yero Diallo.
Alors que les fêtes approchent, le syndicat insiste sur l’urgence de trouver une solution pour permettre aux citoyens d’accéder librement à leur argent.

