À la sortie de l’audience tenue devant la chambre des jugements de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), les avocats de l’ancien président de la délégation spéciale et candidat aux élections communales de mai 2026, Badra Koné, ont vivement réagi à la décision rendue par la juridiction.
Selon Me Lancinet Sylla, l’un des conseils de la défense, l’audience portait sur des faits présumés de blanchiment de capitaux, prise illégale d’intérêts, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écriture publique. Des infractions pour lesquelles plusieurs personnes, dont leur client, sont poursuivies.
Une protection des candidats invoquée par la défense
Au cœur des arguments avancés par la défense figure la loi électorale encadrant le scrutin du 30 mai 2026. Les avocats estiment que celle-ci prévoit une interdiction de poursuites contre les candidats durant la période électorale, afin de préserver l’égalité des chances entre compétiteurs.
« Cette protection vise à empêcher toute instrumentalisation des poursuites judiciaires contre un candidat », a expliqué Me Sylla, estimant que cette disposition n’aurait pas été correctement prise en compte par la juridiction.
Contestation de la procédure de flagrant délit
La défense a également remis en cause la procédure de flagrant délit utilisée par le ministère public pour traduire les prévenus devant la CRIEF. Selon Me Sylla, la complexité du dossier économique et financier nécessitait plutôt l’ouverture d’une information judiciaire approfondie.
Il affirme notamment que le rapport de l’Office de répression des infractions économiques et financières (ORDEF) évoque lui-même la nécessité d’enquêtes complémentaires et la désignation d’un auditeur.
Un dossier renvoyé vers la chambre d’instruction
À l’issue des débats, la défense indique que la cour a finalement décidé de renvoyer le dossier au parquet spécial, afin que celui-ci saisisse la chambre d’instruction de la CRIEF.
Une décision que les avocats considèrent comme une réorientation majeure de la procédure.
« La chambre d’instruction est la seule juridiction compétente pour mener des investigations approfondies dans ce type d’affaires », a insisté Me Sylla, affirmant que la procédure initiale avait été engagée « dans la précipitation ».
Tensions autour des montants évoqués
Autre point de contestation soulevé par la défense : les montants financiers cités dans le dossier. Me Sylla affirme que le procès-verbal initial ne faisait état d’aucun montant précis, alors que des sommes allant jusqu’à 240 milliards de francs guinéens ont été évoquées à l’audience.
Il met en avant un rapport de l’ORDEF qui, selon lui, évoque plutôt une estimation d’environ 22 milliards de francs guinéens, assortie d’une recommandation d’audit complémentaire.
Vers une nouvelle phase judiciaire
La défense estime désormais que la suite de la procédure doit se dérouler devant la chambre d’instruction, où les prévenus pourront formuler leurs demandes et observations lors des interrogatoires de première comparution.
« Nous restons sereins et confiants dans le respect des règles de procédure », a conclu Me Lancinet Sylla, annonçant que la bataille judiciaire se poursuivra désormais à un autre stade de la CRIEF.

