La Guinée poursuit sa lutte contre la pollution plastique. À travers un décret signé en septembre 2024, les autorités ont engagé une réforme majeure visant à interdire progressivement les objets plastiques à usage unique sur l’ensemble du territoire national. Invitée à la télévision nationale à expliquer les contours de cette mesure, la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Djami Diallo, a détaillé les motivations, les échéances et les mécanismes d’accompagnement prévus.
Selon la ministre, cette décision répond à une urgence environnementale et sanitaire. Chaque année, des milliers de tonnes de déchets plastiques se retrouvent dans la nature, obstruant les caniveaux, polluant les cours d’eau et dégradant les sols.
« Ces déchets se fragmentent en microparticules qui contaminent l’eau, les terres agricoles, les poissons et le bétail, avec des conséquences directes sur la santé humaine », a-t-elle expliqué.
Une interdiction progressive
Le décret prévoit plusieurs étapes afin de permettre aux opérateurs économiques de s’adapter. Depuis mars 2025, soit six mois après sa signature, l’importation des matières premières destinées à la fabrication des objets plastiques à usage unique est interdite.
La prochaine échéance majeure est fixée au 20 septembre 2026. À cette date, la production de ces objets sera officiellement interdite en République de Guinée.
Cette période transitoire vise à offrir aux entreprises concernées le temps nécessaire pour se réorganiser et développer des solutions alternatives.
Quels produits sont concernés ?
La mesure vise principalement les objets plastiques utilisés une seule fois avant d’être jetés. Il s’agit notamment des sachets plastiques, des sachets d’eau, des sacs de marché, des gobelets et autres ustensiles jetables.
En revanche, certains produits bénéficient d’exceptions. Les emballages destinés aux matériels médicaux, aux activités agricoles, aux besoins militaires ou à la collecte des déchets ne sont pas concernés. Les bouteilles d’eau sont également exemptées afin de garantir l’accès des populations à l’eau potable.
Une réforme construite avec les acteurs concernés
La ministre a assuré que le gouvernement a privilégié une démarche de concertation avec les opérateurs économiques et les organisations professionnelles.
Une commission interministérielle regroupant les ministères de l’Environnement, du Commerce et de l’Industrie a été mise en place pour piloter la réforme. Plusieurs rencontres ont été organisées avec les industriels du secteur afin d’identifier leurs préoccupations et d’explorer des alternatives aux emballages plastiques traditionnels.
Les artisans guinéens sont également associés au processus. Le gouvernement compte notamment s’appuyer sur leur savoir-faire pour promouvoir des solutions réutilisables et biodégradables.
Des mesures d’accompagnement annoncées
Consciente des inquiétudes exprimées par certains acteurs économiques, l’autorité gouvernementale annonce des mesures destinées à faciliter la transition.
Parmi les pistes envisagées figurent des incitations fiscales en faveur des emballages biodégradables, l’installation de fontaines publiques dans les écoles et les espaces publics, ainsi que le renforcement des campagnes de sensibilisation.
Pour le ministère, cette réforme représente également une opportunité économique à travers le développement de nouvelles filières industrielles et la création d’emplois verts.
Contrôles renforcés et sanctions à venir
Sur le terrain, les autorités affirment avoir déjà engagé des actions de contrôle. Selon la ministre, une vingtaine d’entreprises opérant en infraction ont fait l’objet d’inspections et d’importantes quantités de sachets plastiques ont été saisies.
Les contrôles devraient s’intensifier à partir de septembre 2026 avec l’entrée en vigueur de l’interdiction de production. Des opérations sont également menées aux frontières et au port de Conakry afin d’empêcher l’importation illégale des matières premières concernées.
« Le vrai coût, c’est celui de l’inaction »
Face aux craintes liées à d’éventuelles pertes d’emplois ou à une hausse des prix, Djami Diallo estime que le coût de l’inaction serait bien plus élevé.
« La pollution plastique engendre déjà des coûts considérables à travers les inondations, les maladies et les pertes d’opportunités économiques, notamment dans le secteur du tourisme », a-t-elle souligné.
Pour conclure, la ministre a lancé un appel aux citoyens à adopter des comportements plus respectueux de l’environnement en privilégiant les sacs en tissu, les paniers traditionnels et les emballages biodégradables.
« Chaque geste que nous posons aujourd’hui contribue à préserver la santé de nos familles et à bâtir un avenir durable pour les générations futures », a-t-elle déclaré.
À moins de trois mois de l’échéance de septembre 2026, le gouvernement entend désormais accélérer la sensibilisation et la mobilisation des acteurs afin d’assurer la réussite de cette réforme environnementale d’envergure.

