Quelques jours après les affrontements survenus à Kalafilila, dans la sous-préfecture de Boula, préfecture de Kankan, le village porte encore les stigmates des violences. Des concessions réduites en cendres, des boutiques saccagées, des biens détruits ainsi que des résidus de gaz lacrymogènes visibles sur plusieurs sites témoignent, selon les habitants, de l’ampleur des dégâts.
Ces incidents sont intervenus dans un contexte marqué par le retour progressif des populations de Bolosso, contraintes de quitter leur localité depuis près d’une année à la suite d’un conflit foncier ayant opposé les deux communautés.
En visite dans la localité, le gouverneur de la région de Kankan et le préfet de Kankan ont rejeté toute responsabilité des forces de l’ordre dans les destructions enregistrées. Selon les autorités, l’opération de maintien de l’ordre n’a causé aucun dégât matériel.
Une version vivement contestée par les habitants de Kalafilila. Ces derniers accusent les forces de sécurité d’avoir incendié plusieurs concessions et vandalisé des commerces au cours de leur intervention.
« Lorsque les forces de l’ordre ont constaté que les jeunes devenaient de plus en plus nombreux, elles ont commencé à lancer des gaz lacrymogènes avant d’incendier nos concessions. Au total, 31 cases ont été réduites en cendres avec tous les biens qu’elles contenaient. Des motos, des vêtements ainsi que plusieurs millions de francs guinéens et de francs CFA sont également partis en fumée », affirme Amara Keïta, un habitant du village.

Les commerçants affirment, eux aussi, avoir subi d’importantes pertes. Plusieurs d’entre eux soutiennent que leurs boutiques ont été forcées et que leurs économies ont disparu.
« Ma boutique a été vandalisée. Mon coffre-fort a été défoncé et 8 millions de francs guinéens ainsi que 100 000 francs CFA ont été emportés. Cette somme appartenait en partie à ma belle-sœur, qui revenait de Côte d’Ivoire. Cette nuit-là, j’ai fui avec mes enfants lorsque les flammes ont envahi notre concession. Plusieurs autres boutiques ont également subi le même sort. Certains ont perdu 5 000 000 GNF et d’autres encore davantage », raconte un commerçant rencontré sur place.

Une autre commerçante affirme avoir vécu une situation similaire.
« Quand ils sont venus, ils ont retourné toute la boutique, comme vous pouvez le constater. Je n’ai pu prendre que 500 000 GNF et m’enfuir dans la brousse avec mes enfants parce qu’ils ont dit qu’ils allaient revenir prendre tout le reste. Voilà pourquoi j’ai pris cette somme, afin de pouvoir survivre une fois arrivée dans un village, pour que mes enfants et moi ne mourions pas de faim dans cette débandade. Je ne sais même pas où se trouve mon mari ; il est porté disparu depuis les affrontements », a-t-elle déclaré.
Les habitants évoquent également le décès d’une femme âgée au cours de ces événements. Ils demandent qu’une enquête indépendante soit menée afin d’établir les circonstances exactes de cette mort.
Par ailleurs, craignant des arrestations, de nombreux jeunes auraient quitté le village pour se réfugier dans la brousse, où certains seraient toujours cachés, selon plusieurs témoignages recueillis sur place.
À Kalafilila, les traces des affrontements demeurent visibles et les récits des populations contrastent avec la version officielle des autorités.
Kokoly Joseph Kolié, correspondant régional à Kankan.

