Près d’une semaine après l’enlèvement suivi de tortures de l’ancien bâtonnier Me Mohamed Traoré, le gouvernement guinéen brise enfin le silence. Invité du journal télévisé de la RTG ce jeudi soir, le Premier ministre Amadou Oury Bah a exprimé une condamnation sans équivoque de ces actes, qu’il qualifie d’agression contre la République elle-même.
« Au-delà de la violence physique et psychologique subie par Maître Traoré, c’est la République qui a été poignardée », a déclaré le chef du gouvernement, visiblement ému. Pour lui, cette attaque ne vise pas seulement la personne du célèbre avocat, mais cherche à ternir l’image de la Guinée, de ses institutions et du président de la Transition, Mamadi Doumbouya.
Bah Oury a dénoncé un acte « qui n’honore pas la République » et a rappelé que le gouvernement, à travers ses différentes initiatives, œuvre pour l’apaisement, la réconciliation et la rupture avec les pratiques violentes du passé. « La recherche de la paix, du dialogue, et la fin de l’impunité sont au cœur de notre gouvernance », a-t-il insisté, évoquant notamment les Assises nationales et les efforts pour bâtir une justice plus crédible.
Pour le Premier ministre, les responsables de tels actes appartiennent à une époque révolue, celle « des nostalgiques d’un passé qui ne prospère plus ». Il assure que ces méthodes sont inacceptables dans la Guinée d’aujourd’hui et ne seront pas tolérées : « Le gouvernement condamne avec fermeté ce qui s’est passé, et il ne saurait tolérer des actes de violence de cette nature qui portent atteinte à l’honorabilité de la République. »
Cette prise de parole intervient alors que le Barreau de Guinée a suspendu toutes ses activités judiciaires depuis mardi, en signe de protestation contre cette agression. Dans ce contexte tendu, Bah Oury en appelle au respect des règles démocratiques et au retour au calme, réaffirmant la « nécessité absolue de tourner définitivement la page de la violence politique en Guinée ».
L’enlèvement de Me Mohamed Traoré, survenu dans la nuit du 20 au 21 juin, a profondément choqué l’opinion publique. Plusieurs voix de la société civile, du monde judiciaire et de la sphère politique ont exigé l’ouverture d’une enquête indépendante. À ce jour, aucune arrestation officielle n’a été annoncée.

