Après plusieurs semaines de suspension, le procès relatif aux événements du 28 septembre 2009 se poursuit devant le tribunal criminel de Dixinn. À l’audience de ce lundi 4 mai 2026, le témoignage de Mamadi Soumaoro a suscité de vives réactions et des interprétations divergentes entre les avocats des différentes parties.
D’un côté, la défense, représentée notamment par Maître Zézé Kalivogui, avocat du colonel Bienvenue Lamah, a exprimé de sérieuses réserves quant à la crédibilité du témoin. S’il s’est félicité de sa présence à la barre — rappelant qu’il avait auparavant évité cette confrontation — l’avocat estime toutefois que son récit comporte de nombreuses contradictions.
Selon lui, Mamadi Soumaoro a varié dans ses déclarations, notamment sur la question de la lecture de la liste des 300 recrues. À un moment, il affirme que le colonel Lamah a lui-même procédé à cette lecture, avant de soutenir par la suite que ce dernier était déjà arrêté au moment des faits.
Pour la défense, ces incohérences traduisent un manque de fiabilité :
« Le menteur n’est jamais cohérent. Les juges sauront apprécier ces contradictions », a déclaré Maître Kalivogui.
L’avocat dénonce également un témoignage qu’il qualifie de « narratif préparé », comportant selon lui des éléments « non vérifiables » et parfois éloignés des faits du 28 septembre, notamment en évoquant les événements du 3 décembre.
Autre point de désaccord : le rôle du colonel Bienvenue Lamah au centre de formation de Kaleya. La défense réfute catégoriquement l’idée qu’il en ait été le directeur. Maître Kalivogui insiste sur le fait que son client était instructeur, nommé par un acte officiel, et rappelle que l’armée fonctionne selon des règles strictes de hiérarchie et de discipline.
« L’armée, c’est l’ordre et la discipline. On ne s’impose pas comme chef sans acte formel », a-t-il martelé.
La partie civile défend un témoignage “vécu”
À l’opposé, la partie civile, par la voix de Maître Thierno Amadou Oury Diallo, soutient la valeur du témoignage de Mamadi Soumaoro. Il rappelle que ce dernier n’est pas un accusé, mais un témoin appelé par le parquet pour relater des faits qu’il affirme avoir vécus personnellement.
Selon cette version, le colonel Lamah aurait été imposé comme directeur du centre de Kaleya et aurait exercé effectivement cette fonction. Le témoin affirme également que la liste des 300 recrues a été lue le 24 septembre 2009, avant leur transfert vers Conakry.
Toujours selon Mamadi Soumaoro, ces recrues auraient été transportées dans des camions, armées et équipées, pour participer aux événements du 28 septembre.
Le témoignage évoque également des faits graves : des préparatifs militaires, des confidences de recrues de retour de mission faisant état de nombreuses victimes, ainsi que la présence d’individus reconnaissables à leurs maillots de Chelsea, impliqués dans des violences, notamment à l’arme blanche.
« Ce sont des faits vécus. Il parle de ce qu’il a vu et vécu au centre de Kalea », a insisté Maître Diallo.
Le témoin a également évoqué des éléments troublants, notamment un supposé sacrifice humain à l’arrivée du colonel Lamah, ainsi que le retour de certains éléments après les événements, en possession de motos, d’argent et de téléphones.
Une vérité judiciaire encore à établir
Ces déclarations illustrent la complexité du dossier et la difficulté à établir une vérité consensuelle sur les événements du 28 septembre 2009.
Entre dénonciation d’un témoignage jugé incohérent par la défense et valorisation d’un récit considéré comme clé par la partie civile, le tribunal devra désormais trancher. Les juges devront s’appuyer sur les éléments matériels, les recoupements et l’ensemble des témoignages pour établir les responsabilités.
L’issue de ces débats reste très attendue dans ce procès emblématique de l’histoire récente de la Guinée.

