La communauté mandingue s’est réunie ce jeudi 30 avril 2026, dans la salle de conférence de la bibliothèque Williams, pour célébrer en différé le 77ᵉ anniversaire de la création de l’alphabet N’ko. Organisée autour d’échanges scientifiques et culturels, cette rencontre a mis en lumière l’importance de cette écriture dans la valorisation des langues africaines et le développement du continent.
Prenant la parole, Bassabati Sidibé, coordinateur de N’ko Semba, a rappelé les objectifs de cette rencontre. Selon lui, il s’agissait avant tout de sensibiliser les participants à l’importance de cette célébration, tout en abordant des thématiques scientifiques liées à l’œuvre de Solomana Kanté.
« Nous avons appelé les gens pour leur rappeler la célébration en différé de l’écriture N’ko. Pendant cette rencontre, nous avons parlé du tableau de Mendeleïev en N’ko. Nous avons aussi parlé de Kanté Souleymana en tant que savant. La troisième chose était d’expliquer aux gens comment valoriser nos langues. Quand vous prenez le monde entier, le N’ko fait partie des langues vivantes. Le N’ko est en train de prendre une dimension internationale et beaucoup de choses se font en N’ko », a-t-il expliqué.
Marraine de l’événement, Camara Fatoumata Bamba, enseignante-chercheure à l’Université Julius Nyerere de Kankan, a exprimé sa satisfaction face à l’évolution et à la reconnaissance croissante de cette écriture. Elle a notamment insisté sur le fait que l’enseignement en langues locales est le moteur indispensable du progrès technique et social.
« J’ai des sentiments de satisfaction et de fierté. C’est suite aux propos malveillants d’un journaliste à l’égard des Africains, qui nous qualifiait de continent sans écriture, qu’il fallait inventer une écriture africaine. Aujourd’hui, cette écriture, à travers la langue mandingue, est étudiée partout dans le monde. D’ailleurs, on peut étudier toutes les matières en écriture N’ko. Nous devons être fiers d’être mandingues et africains. Si nous étudions dans notre langue, nous pouvons aller mieux, nous pouvons avancer. Le développement tant souhaité en Afrique peut être atteint si nous étudions dans nos langues. Toutes les grandes nations du monde qui ont réussi à se développer et à se démarquer dans les domaines technologique, scientifique, culturel et autres, se sont développées dans leurs langues », a-t-elle souligné.
De son côté, Sory Mandinka Kaba, promoteur et écrivain en N’ko, est revenu sur la genèse historique de cet alphabet et sa portée symbolique pour les peuples du continent.
« Nous sommes réunis pour célébrer le 77ᵉ anniversaire de la création de l’alphabet N’ko. Le N’ko a été créé le 14 avril 1949 à Bingerville, en Côte d’Ivoire, par Souleymana Kanté. Ce mois est un mois sacré pour tous les N’kofones et pour tous les Africains. Le mois d’avril est notre mois, c’est le mois de l’alphabet N’ko. Aujourd’hui, notre gouvernement a commencé à faire la promotion de nos langues. Sans nos langues, l’Afrique ne peut pas se développer. On ne peut pas faire la science et la technologie dans une autre langue que la sienne. Les autres nations se sont développées à travers leurs langues. Nous sommes là aujourd’hui pour faire la promotion de notre langue », a-t-il expliqué.
Les intervenants ont unanimement appelé à un engagement collectif pour renforcer l’usage du N’ko dans l’éducation, la recherche et la vie quotidienne, réaffirmant leur volonté d’en faire un levier essentiel de développement pour l’Afrique.
Kokoly Joseph Kolié, correspondant régional à Kankan.

